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Ethiopian Airlines, une exception dans le ciel africain

Numéros de page :
pp.138-139
Ethiopian Airlines transporte 19 millions de passagers, gère plus de 784 000 tonnes de fret et prévoit 7,6 milliards de dollars de revenus en 2025. La compagnie, détenue par l’État mais gérée comme une entité commerciale, est la plus grande d’Afrique et vise 29 milliards de dollars de revenus annuels, ainsi qu’une place parmi les vingt premières compagnies mondiales. Elle ambitionne de multiplier par quatre le nombre de passagers transportés. Sa flotte actuelle de 145 avions, dont 122 Boeing, devrait atteindre 356 appareils en 2040. Ethiopian Airlines reste fidèle à Boeing, son principal fournisseur, malgré des grèves, des défauts de qualité sur le 737 Max et des retards de livraison. Sur 88 avions commandés, 53 restent à livrer, dont une dizaine de gros-porteurs. Face à ces retards, la compagnie envisage de se tourner vers Airbus et Embraer. Le crash du vol ET 302 en mars 2019, qui a fait 157 victimes dont huit membres d’équipage, n’a pas entaché la réputation de rigueur opérationnelle d’Ethiopian Airlines, la responsabilité étant attribuée à Boeing. Fondée en 1945 sous l’impulsion de l’empereur Hailé Sélassié, la compagnie a bénéficié d’un partenariat initial avec Trans World Airlines (TWA) et a rapidement éthiopianisé ses cadres dès les années 1950. Cette politique de transfert de compétences a assuré une stabilité rare en Afrique, malgré les crises politiques et les conflits armés, notamment dans la région du Tigré entre 2020 et 2022, qui ont entraîné des suspensions de vols mais dont l’impact n’a pas été chiffré publiquement. Pour accompagner sa croissance, Ethiopian Airlines investit dans un nouveau méga-aéroport à Bishoftu, à 45 km d’Addis-Abeba, sur 3 500 hectares, avec deux terminaux et deux pistes. Sa capacité initiale sera de 60 millions de passagers, extensible à 110 millions. Le coût du projet est estimé à 10 milliards de dollars, dont 20 % financés par la compagnie. La mise en service est prévue pour fin 2029. L’aéroport actuel de Bole, qui a bénéficié de 1,5 milliard de dollars d’investissements ces cinq dernières années, sera réservé aux vols locaux et à l’aviation privée. Pour la construction du nouveau hub, Ethiopian Airlines a investi 750 millions de dollars pour réinstaller environ 2 500 agriculteurs. Depuis 2017, Ethiopian Airports fait partie du groupe, aux côtés de huit autres unités stratégiques couvrant le transport de passagers, le fret, la maintenance (MRO), la formation, l’hôtellerie et le tourisme. Cette intégration verticale permet de contrôler toute la chaîne de valeur et de générer des revenus additionnels grâce à des services à d’autres compagnies (par exemple, Air Burkina et Air Côte d’Ivoire pour la formation des pilotes, Saudia Airlines pour la maintenance au sol). En 2023-2024, l’aviation internationale a représenté 67 % du chiffre d’affaires global (4,72 milliards de dollars), suivie du cargo et de la logistique (1,68 milliard) et des vols intérieurs (240 millions). Ethiopian Cargo dessert 69 destinations africaines et traite 1 million de tonnes de fret avec 17 avions spécialisés. Le groupe emploie plus de 20 000 personnes, ce qui en fait le principal employeur du pays après l’État. Sous la direction de Tewolde Gebremariam (2011-2022), le chiffre d’affaires annuel est passé de 1 à 4,5 milliards de dollars, la flotte de 33 à 130 appareils, et le nombre de passagers de 3 à 12 millions avant la pandémie de Covid-19. Le groupe a investi plus de 700 millions de dollars dans des infrastructures clés : le plus grand hôtel d’Afrique, un nouveau terminal de fret à Addis-Abeba, des hangars de maintenance, une académie d’aviation et des simulateurs de vol. Ethiopian Airlines détient des participations dans quatre compagnies africaines : Asky au Togo (40 %), Zambia Airways (45 %), Malawian Airlines (49 %) et Air Congo. Ces filiales, issues de partenariats public-privé, renforcent la position d’Addis-Abeba comme hub principal du continent. Le réseau d’Ethiopian relie plus de 130 destinations mondiales, dont 63 en Afrique, un record sur le continent, face à la concurrence des compagnies du Proche et du Moyen-Orient comme Emirates, Turkish Airlines ou Qatar Airways.