Pourquoi le modèle Primark ne connaît pas la crise
Numéros de page :
pp.16-17
Primark poursuit son expansion en France avec l’ouverture de deux nouveaux magasins à Caen (2 600 m², 100 CDI créés) et Montpellier (5 300 m², 200 CDI créés, dont 88% de salariés sans emploi ou en première embauche), portant à 30 le nombre de points de vente dans le pays. Après cinq ouvertures en 2023, le rythme ralentit mais reste soutenu, avec un magasin ouvert à Tours fin 2024 et deux autres en 2025. Chaque ouverture est un événement local, générant de nombreux emplois et dynamisant l’économie des centres commerciaux.
Le modèle économique de Primark repose sur une chasse aux coûts : production en grandes séries pendant les périodes creuses, transport exclusivement par bateau, planification des collections 18 mois à l’avance, absence de réassort même pour les éditions limitées, marges faibles, peu de promotions et de publicité, concept de magasin identique partout, prix uniformes dans la zone euro, et surtout, pas de vente en ligne ni de livraison à domicile. Ce modèle à faible marge n’est pas compatible avec les coûts logistiques de l’e-commerce, selon Christine Loizy, directrice générale de Primark France.
Primark propose principalement des basiques, qui représentent environ 50% de ses ventes, et se distingue sur le marché des enfants, notamment grâce à de nombreux produits sous licence (premier licencié mondial de Disney). L’enseigne surperforme sur les vêtements enfants et les produits chaussants pour femmes et enfants. Le panier moyen est de 5,1 articles pour un prix moyen d’achat de 6,20 € par article, soit un panier moyen de 32 €. En France, Primark est le 15e acteur du marché de la mode en valeur et le 5e en volume (ex aequo avec Carrefour), écoulant autant de pièces avec 30 magasins que Carrefour avec 325 hypermarchés et 1 171 supermarchés.
Un magasin Primark attire en moyenne 270 000 clients, contre 46 000 pour un Kiabi et 16 000 pour un Action. L’enseigne est considérée comme une locomotive pour les centres commerciaux : à L’Heure tranquille (Tours), la fréquentation a augmenté de 13% et le chiffre d’affaires de 50% au premier semestre 2025 après l’arrivée de Primark. À Odysseum (Montpellier), la fréquentation devrait passer de 13,5 à plus de 15 millions de visiteurs annuels. Les autres enseignes textiles et de services bénéficient de ce flux, notamment Kiabi, Zara, H&M, ainsi que les enseignes de sneakers, accessoires, téléphonie et restauration.
Primark a investi 20 millions d’euros dans le magasin de Montpellier et 10 millions à Caen. En treize ans, l’enseigne a investi près de 400 millions d’euros en France. Son chiffre d’affaires hors taxes a triplé en dix ans, dépassant le milliard d’euros en 2023 (1,03 milliard d’euros HT). Dans le monde, Primark compte 451 magasins dans 19 pays, un chiffre d’affaires de 9,4 milliards de livres (10,92 milliards d’euros) en 2024 (+5%), se positionnant comme le 3e acteur mondial de la mode après Zara et H&M, et le numéro 1 au Royaume-Uni.
Pour l’avenir, Primark prévoit d’ouvrir deux nouveaux magasins en France en 2026 (Grand Épagny près d’Annecy et Mont-Saint-Martin près du Luxembourg), et une ouverture est déjà annoncée à Cergy pour 2027. Malgré la concurrence et les procédures judiciaires parfois engagées par d’autres centres commerciaux, Primark continue d’attirer un large public grâce à son modèle de mode à petits prix, jugé particulièrement pertinent dans un contexte de pouvoir d’achat contraint.
