Grand format Gabon
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pp.82-122
Après l’adoption en juin 2025 de nouvelles règles électorales, le Gabon s’apprête à renouveler toutes ses assemblées élues : législatives et locales les 27 septembre et 11 octobre, sénatoriales les 8 et 29 novembre. Le parti du président Brice Clotaire Oligui Nguema, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), fondé le 5 juillet, est favori pour obtenir la majorité, mais la compétition reste ouverte, notamment face à Alain-Claude Bilie-By-Nze, ex-Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba (ABO), arrivé deuxième à la présidentielle avec 3,11 % des voix contre 94,85 % pour Oligui Nguema. Bilie-By-Nze, désormais à la tête d’Ensemble pour le Gabon (EPG), conteste la légitimité du ministère de l’Intérieur à exiger les comptes de campagne (plafond fixé à 10 milliards de F CFA, soit 15,25 millions d’euros), et dénonce l’instrumentalisation de la justice, la suppression des bourses pour les étudiants à l’étranger et les déguerpissements.
La nouvelle loi sur les partis impose à chaque formation de présenter 10 000 adhésions réparties dans les neuf provinces pour être reconnue. L’UDB, l’EPG et d’autres partis comme l’Union nationale initiale (UNI), le Rassemblement des patriotes républicains (RPR) et l’Instinct patriotique gabonais (IGB) se sont lancés dans une course aux adhésions. Sur les 104 partis enregistrés avant le coup d’État du 30 août 2023, beaucoup sont des coquilles vides et risquent de disparaître. L’UDB, structurée autour de la figure d’Oligui Nguema, intègre d’anciens fidèles d’Omar Bongo, des proches d’ABO, des opposants, des militaires et des civils, ainsi que des membres du gouvernement et des figures de l’ancien régime.
L’Assemblée nationale sera installée le 4 novembre, le Sénat le 15 décembre. Oligui Nguema s’appuie sur des alliances avec d’anciens partis d’opposition et sur la fusion de plusieurs formations avec l’UDB. Le Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM), dirigé par Alexandre Barro Chambrier (ABC), vice-président du gouvernement, refuse la fusion mais soutient la majorité présidentielle. Le Parti démocratique gabonais (PDG), ex-parti au pouvoir, est divisé entre la direction nommée en 2024 (Blaise Louembé, Angélique Ngoma) et les fidèles d’ABO (Ali Akbar Onanga Y’Obegue), sans accord trouvé malgré une médiation à Brazzaville. Le PDG reste le premier parti en nombre d’adhérents, mais ABO, depuis Londres, accuse Oligui Nguema de vouloir démanteler la seule opposition structurée.
Sur le plan économique, la Société nationale des hydrocarbures du Gabon (SNHG) a racheté en 2023 les actifs d’Assala Energy pour plus d’un milliard de dollars, récupérant plus de 50 000 barils/jour, soit 25 % de la production nationale. En mars 2024, l’État a transféré à la SNHG les actifs d’Addax Petroleum (champs d’Obangué et de Tsiengui), puis la Société de Maintenance Pétrolière (SMP) et les actifs de Tullow Oil (10 000 à 12 000 b/j). En 2025, la SNHG a aussi acquis Pizolub, acteur industriel de Port-Gentil. La SNHG vise à intégrer toute la chaîne de valeur, à former des techniciens gabonais, à valoriser le gaz naturel (projets pilotes à l’horizon 2026) et à appliquer les normes ITIE. L’objectif est de hisser la SNHG au rang d’entreprise publique de référence d’ici 2030, avec une expansion dans la distribution de produits raffinés, le développement d’un pôle gazier et la prise de participations en offshore profond.
Le secteur bancaire se transforme avec la création en 2024 de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), dotée de deux fonds de 25 milliards de F CFA chacun, permettant d’octroyer des crédits à des taux parfois inférieurs à 7 %. La BCEG vise à bancariser un million de personnes d’ici 2028 via la néo-banque mobile B Cash.
Dans la logistique minière, Owendo Mineral Port (OMP), inauguré en 2016, est un partenariat public-privé qui gère le transport du manganèse et du fer. OMP emploie 330 personnes, dont 96 % de Gabonais, et investit dans la mécanisation, le développement durable (panneaux solaires) et la formation. Le Gabon prévoit d’interdire l’exportation de manganèse brut à partir du 1er janvier 2029, pour favoriser la transformation locale. En 2022, le pays a extrait 10,48 millions de tonnes de manganèse (23 % de la production mondiale), principalement par la Comilog (Eramet, 63,7 % ; État, 28,9 % ; Carlo Tassara, 7 %), qui assure plus de 70 % de la production nationale. Actuellement, seulement 17 % du manganèse extrait par Eramet est transformé localement. Le gouvernement prévoit la création d’un fonds d’investissement public-privé, des incitations fiscales et un programme de formation pour soutenir l’industrialisation.
Le secteur énergétique est en crise : la capacité installée était de 704 MW en 2023 pour une demande de 1 039 MW. Un partenariat avec Aksa Energy prévoit la construction d’une centrale à gaz de 1 000 MW. La Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg), reprise par l’État en 2019, a connu neuf directeurs en six ans et a été victime d’un détournement massif en 2024. Pour pallier les coupures, le Gabon a fait appel à Karpowership (150 MW). Un Fonds national pour l’énergie et l’eau (FNEE) a été lancé, avec des projets de centrales thermiques et hydroélectriques (Impératrice-Eugénie, 80 MW ; Ngoulmendjim, 73 MW). Un prêt de 3 milliards de dollars a été signé avec Afreximbank, dont 200 millions d’euros pour trois centrales (300 MW supplémentaires). Les investissements nécessaires dans l’énergie électrique sont estimés à 1,65 milliard d’euros entre 2024 et 2026.
Sur le plan budgétaire, Henri-Claude Oyima, ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, a créé cinq fonds stratégiques (énergie et eau, pêche et aquaculture, habitat et logement, agriculture, infrastructures) et interdit l’attribution de marchés de gré à gré (qui représentaient 93 % des marchés, contre 15 % autorisés). Les baux administratifs ont augmenté de 37,48 % en deux ans, atteignant 25 milliards de F CFA (38,1 millions d’euros). La dette publique devrait atteindre 80 % du PIB en 2025, soit 10 points au-dessus de la norme communautaire. Le FMI prévoit une croissance de 2,8 % en 2025 et 2,6 % en 2026, loin de l’objectif de 10 % fixé par Oyima. Le Gabon doit conclure un nouveau programme avec le FMI, le 18e depuis l’indépendance.
Le pays compte 2,4 millions d’habitants (2024), dont 90 % en zone urbaine et 54 % de moins de 25 ans. L’indice de développement humain (IDH) est de 0,733 (108e rang mondial), supérieur à la moyenne régionale. Le taux de pauvreté est de 33,4 % (seuil national) et 2,5 % (seuil international). L’accès à l’électricité est de 91,6 % en zone urbaine, 30 % en zone rurale ; 45 % de la population urbaine et 25 % de la rurale ont accès à l’eau potable. Le taux de pénétration mobile est de 124 %, celui d’internet de 71,9 %.
La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) a absorbé en 2024 78 % de ses 150 milliards de F CFA de recettes par les pensions. Des réformes paramétriques ont été validées en mars 2025 : augmentation du taux de cotisation, relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite, digitalisation des services (9 750 assurés utilisent la carte pension). Un centre de formation a été inauguré à Akanda en février 2025. La CNSS vise à devenir un modèle régional d’ici son cinquantenaire.
La Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) couvre 311 767 assurés du secteur privé, 333 613 du public et 996 513 Gabonais économiquement faibles (GEF). Un fonds pour les travailleurs indépendants sera lancé en octobre 2025. La digitalisation vise à réduire l’utilisation de 15 millions de feuilles de soins par an. La CNAMGS cherche à réduire les évacuations sanitaires à l’étranger en renforçant les plateaux techniques locaux.
Sur le plan urbain, le projet de nouvelle capitale Libreville II, à 40 km de la capitale actuelle, est confié à l’architecte sénégalais Pierre Goudiaby Atepa. Il inclut un nouvel aéroport (capacité prévue de 2 à 3 millions de passagers), un palais présidentiel, des institutions, une université numérique, des pôles culturels, sportifs et économiques, et un parc à thème. Le budget est estimé à 3,347 milliards de dollars, avec une échéance à 2039. Le projet s’inspire de précédents africains (Abuja, Yamoussoukro, Sissi-City) et vise à incarner une capitale verte, intelligente et inclusive.
Enfin, la transformation locale du manganèse, la diversification économique (agriculture, pêche, bois, numérique, écotourisme), la lutte contre la corruption, la modernisation des infrastructures (routes, data center national, Baie des Rois à Libreville), et la réforme de la gouvernance sont au cœur de la stratégie du gouvernement pour sortir de la dépendance pétrolière et améliorer les conditions de vie des Gabonais.
