"Le Soulier de satin", de Paul Claudel à Eric Ruf
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pp.151-161
Pour Éric Ruf et la troupe du Français, l'aventure est née pendant le confinement : les théâtres étant fermés, il a fallu imaginer d'autres formes, comme la "Recherche" de Proust face caméra ou "Le soulier de satin" filmé en "théâtre à la table", mettant le texte à l'honneur. Pour Paul Claudel, l'aventure a commencé un siècle plus tôt. L'auteur de "Tête d'or" entame l'écriture du "Soulier" au sortir de la Première Guerre. Le contexte expliquerait-il le sous-titre de la pièce et le pessimisme apparent de son auteur ? "Le soulier de satin ou Le pire n'est pas toujours sûr" paraît en 1929 et sera créé pour la première fois pendant l'Occupation en 1943, à la Comédie-Française déjà, par Jean-Louis Barrault, interprète aussi de Rodrigue, tandis que Marie Bell est Prouhèze. 1987, deuxième metteur en scène à entrer dans la légende, Antoine Vitez monte la pièce de Claudel dans son intégralité à Avignon, offrant au public du festival une nuit entière avec Rodrigue (Didier Sandre), Prouhèze (Ludmila Mikaël), Don Pélage, Don Camille, Don Balthazar, Dona Musique ou encore Sept-Épées la téméraire. 2024, enfin, à quelques mois de la fin de son mandat d'administrateur général de la Comédie-Française, le metteur en scène et scénographe Éric Ruf, qui a notamment monté par le passé le "Peer Gynt" d'Ibsen, "La vie de Galilée" de Brecht et "Roméo et Juliette" de Shakespeare, concrétise un grand rêve en montant son "Soulier de satin", non sans appréhension.
