Le |Langage économique est-il violent ?
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pp.104-109
L'économie aime se présenter comme une forteresse de rationalité où les chiffres, telles des sentinelles, empêcheraient toute émotion de franchir les douves, mais il suffit d’écouter attentivement la langue qu’elle parle pour constater qu’elle conserve encore, sous le vernis arithmétique, des harmoniques venues de très loin, de ces temps où on levait l’impôt comme on levait une armée, où l’on évaluait la richesse en têtes de bétail, où l’on réglait les comptes dans un latin qui sentait la poussière administrative et l’huile de lampe ; et l’on comprend alors que les mots économiques, loin d’être transparents, constituent une véritable bibliothèque de gestes et de pouvoirs, une archive embarquée dans le quotidien sans que personne ne songe vraiment à en soulever la couverture.
