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Gifi, en pleine crise de gouvernance, joue sa survie

Numéros de page :
pp.14-15
Gifi traverse une grave crise de gouvernance, marquée par le départ rapide de deux directeurs généraux : Philippe Brochard, resté moins de quatre mois, et Christophe Mistou, évincé après cinq mois seulement. Le groupe, fondé par Philippe Ginestet, fait face à une désorganisation logistique, une concurrence accrue (notamment Action, B&M, Stokomani, Temu) et un marché du discount saturé. Gifi doit impérativement revoir son modèle économique, notamment en envisageant le passage à la franchise et une réorganisation de la supply chain et de l’offre, mais cela suppose que le fondateur accepte d’autres idées que les siennes. En trois ans, Gifi a perdu un tiers de son chiffre d’affaires, passant de 1,5 milliard d’euros en 2022 à 1 milliard d’euros en 2025 selon les estimations LSA. Dans le même temps, Action a vu son chiffre d’affaires en France croître de 4 à plus de 6 milliards d’euros, tandis que Temu est passé de moins de 1 milliard à 3 milliards d’euros. En 2025, Temu capte à lui seul 800 millions d’euros de pertes du secteur discount. Plus de 75 points de vente sont fermés, à fermer ou à céder, dont Gifi Suisse, Maxi Bazar et 32 magasins en France à Grand Frais. Une partie du réseau de 550 magasins sera concernée par ces fermetures ou cessions. La bascule ratée de l’ERP en 2023 a révélé des problèmes plus profonds, notamment une supply chain défaillante avec jusqu’à 35 % de taux de rupture dans les entrepôts sur les meilleures références. Sous la direction de Christophe Mistou, ce taux est redescendu sous les 6 %, mais l’objectif devrait être inférieur à 2 %. Les équipes sont décrites comme épuisées par deux années difficiles, mais restent attachées à la marque et prêtes à s’engager si un cap clair leur est donné. Le modèle actuel, basé sur des gérants-mandataires, expose Gifi à tous les risques financiers, tandis que la franchise, déjà testée avec succès sur un pool de sept ou huit franchisés concessionnaires qui surperforment de plus de 10 points le reste du réseau, permettrait de transférer le risque opérationnel et d’offrir plus de latitude aux responsables de magasins. Un plan de redéploiement de la franchise avait été amorcé, avec de bonnes simulations, mais a été interrompu brutalement. Les experts cités estiment qu’il est sans doute trop tard pour éviter une restructuration dure, qui entraînera des dégâts importants pour les équipes, les fournisseurs et les actionnaires. Le diagnostic était posé et la feuille de route jugée pertinente, mais l’exécution a été stoppée net, laissant l’avenir de Gifi incertain.