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La |Filière agneau en phase de reconquête

Numéros de page :
pp.32-33
La filière ovine française sort d’années difficiles marquées par la baisse de la production, le recul des ventes et la fièvre catarrhale ovine (FCO), qui a touché les troupeaux à partir de 2023, provoquant une forte hausse de la mortalité, notamment dans le nord du pays. Les vaccins n’ont été disponibles qu’en 2024, alors que la maladie était déjà installée, et la vaccination est désormais payante pour certaines souches. En trente ans, la filière a perdu les deux tiers de ses exploitations ovines et près de la moitié de ses brebis. Il manque aujourd’hui près de 1 million d’agneaux pour répondre à la demande nationale, alors que la France aurait la capacité de produire davantage. La production nationale continue de reculer depuis quatre ans, sous l’effet des aléas sanitaires et de la diminution structurelle du nombre d’éleveurs. En 2025, la production sur les onze premiers mois atteint 61 500 tonnes équivalent carcasse (TEC), soit une baisse de 3 % par rapport à 2024. Le nombre d’abattages d’agneaux a diminué de 6 % sur la même période. Le nombre d’éleveurs professionnels d’ovins en France est de 18 453 en 2024, contre 19 069 en 2023. Les prix ont progressé en continu en 2023 et 2024, atteignant un pic à 11 € le kilo en moyenne pour Pâques 2025, puis redescendant à 8,60 € en août, alors que d’habitude l’écart entre ces deux périodes ne dépasse pas 2 €. Actuellement, le prix est remonté autour de 9,95 € le kilo, mais la volatilité reste forte. La consommation de viande ovine en France est en baisse sur le long terme. Les Français consomment en moyenne 2,1 kg de viande d’agneau par an et par habitant en 2024, soit moitié moins que dans les années 1990. La viande ovine ne représente plus que 2,5 % de la consommation totale de viande en France, contre 4 % en 2004. Les achats de viande ovine par les ménages français ont chuté de 15,2 % (source : FranceAgriMer, CAM au 30.11.2025). Malgré cette baisse, la France reste le premier pays consommateur d’agneau en Europe. Environ la moitié de l’agneau consommé en France provient de l’étranger, principalement du Royaume-Uni, d’Irlande, d’Espagne, mais aussi de Nouvelle-Zélande et d’Australie. Les grands pays exportateurs privilégient la Chine ou les États-Unis lorsque les prix y sont plus rémunérateurs, et écoulent leurs volumes excédentaires sur le marché européen. À Noël et à Pâques, des pièces à forte valeur ajoutée arrivent en concurrence directe avec l’agneau français, parfois à des prix trois à quatre fois inférieurs, ce qui pèse sur la valorisation de la production nationale. Face à la difficulté de renouveler les éleveurs, la filière multiplie les dispositifs d’accompagnement. Le programme Reconquête Ovine, lancé en 2009, puis son successeur Inn’Ovin, visent à améliorer les performances techniques, à produire plus d’agneaux aux périodes clés et à renforcer l’attractivité du métier. L’objectif est d’augmenter les volumes tout en améliorant les revenus et les conditions de travail. La production baisse plus vite que la consommation, ce qui permet de maintenir une rémunération relativement correcte pour les éleveurs, notamment pour les labels. La coopérative Arterris a mis en place depuis trois ans une enveloppe de plus de 1 million d’euros pour organiser un système d’aides à l’installation et aux agrandissements pour les éleveurs, notamment les nouveaux arrivants. L’avenir de la production se situe dans les labels, qui permettent de désaisonnaliser la production et d’être présents plus souvent sur le marché, tout en offrant une meilleure rémunération pour attirer les jeunes à reprendre des exploitations. La filière cherche aussi à moderniser son image et à attirer les jeunes générations, en repositionnant la viande ovine comme un produit moderne, accessible et en phase avec les nouveaux modes de consommation. Le gigot, pièce emblématique, reste prisé lors des repas festifs, mais son prix élevé (entre 80 et 100 € la pièce) constitue un frein pour de nombreux ménages. La filière souhaite donc valoriser toute la carcasse et proposer des formats plus accessibles : émincés, brochettes, boulettes, hachés ou petites portions prêtes à cuisiner. Pour redynamiser les ventes, l’interprofession renforce sa collaboration avec les bouchers afin de mieux valoriser l’ensemble des morceaux de la carcasse et de proposer de nouveaux usages, adaptés aux attentes actuelles des consommateurs. La campagne « Nos clients changent, changeons l’agneau ! » cible prioritairement les bouchers, en grande distribution comme en artisanal. Dans certains magasins pilotes, de nouvelles découpes et recettes associant bas morceaux et légumes ont été testées, avec des progressions de ventes allant de 5 à 25 % selon les magasins. En résumé, la filière ovine française fait face à une baisse de la production, une diminution du nombre d’éleveurs, une consommation en recul, une forte dépendance aux importations et une pression sur les prix due à la concurrence internationale. Pour se relancer, elle mise sur le renouvellement des éleveurs, la modernisation de l’image de la viande ovine, la valorisation de toute la carcasse, le développement des labels et l’adaptation de l’offre aux nouveaux modes de consommation.