Biodiversité, tourisme durable, animations... le label « ciel étoilé » fait des étincelles
Numéros de page :
pp.44-45
Le parc naturel régional du Morvan, qui regroupe 133 communes et 67 900 habitants, a obtenu en 2025 le label « Réserve internationale de ciel étoilé » (Rice), décerné par l’Association internationale Dark Sky (IDA). Ce label, détenu par seulement une vingtaine de sites dans le monde dont six en France (le pic du Midi, les Cévennes, le plateau de Millevaches, le Vercors, la réserve Alpes Azur Mercantour et les Landes de Gascogne), vise à protéger la qualité du ciel nocturne, la biodiversité et à promouvoir un tourisme durable. L’initiative, lancée dès 2016 par la Société astronomique de Bourgogne (SAB), a rapidement convaincu les élus du parc, conscients que 90% des Français n’ont plus accès à un ciel étoilé en raison de la pollution lumineuse.
Dès 2018, un groupe projet a été constitué, réunissant syndicats d’énergie, société d’histoire naturelle d’Autun, EPCC de Bibracte et autres acteurs, pour répondre aux critères exigeants de l’IDA : gestion de l’éclairage, protection de l’environnement nocturne et animations pour reconnecter les habitants à la nuit. Après sept ans de travail, le label a été obtenu le 21 mai 2025, avec une zone cœur de 16 communes couvrant 453 km², où la qualité du ciel rivalise avec celle du désert d’Atacama.
Plus de 90% des 133 communes du parc coupent désormais l’éclairage public la nuit, contre seulement la moitié en 2018. Sur les 5 772 points lumineux recensés dans la zone de référence, 1 326 ont été remplacés par des LED pour éliminer la lumière bleue, nuisible aux cycles circadiens. Le projet n’a rencontré aucune opposition : 100% des communes concernées (soit 50) ont adopté une délibération de soutien dès le départ. Cependant, le coût du renouvellement de l’éclairage public reste un inconvénient pour les petites communes, représentant par exemple près de 500 000 euros sur trois ans pour Luzy (1 980 habitants).
Le label Rice est devenu un outil d’animation territoriale, croisant les priorités du parc inscrites dans la charte 2020-2035 : protection de la biodiversité, développement d’un tourisme durable, valorisation des sites d’exception, et transition vers l’autonomie énergétique. Il permet aussi de développer des animations pour les habitants et les touristes dans ce territoire rural à faible densité. L’EPCC de Bibracte, gestionnaire du site archéologique du mont Beuvray, a été parmi les premiers à proposer des animations autour du ciel étoilé, notamment « La Terrasse aux étoiles », une nuit annuelle en août avec télescopes et conférences. En 2020, des randonnées nocturnes de trois heures ont été testées pour sensibiliser à la nuit et aux paysages nocturnes, expérience renouvelée par les communes d’Anost et de Luzy.
La coupure de l’éclairage nocturne, parfois perçue comme clivante, a été expliquée aux habitants lors de sorties nocturnes, soulignant l’importance de la nuit pour la biodiversité : 95% des espèces de papillons, pollinisateurs essentiels, et les chauves-souris, régulatrices d’insectes, dépendent de l’obscurité, leur comportement étant perturbé par la lumière.
La dynamique du label a permis de multiplier les animations : la Société d’histoire naturelle d’Autun axe ses interventions sur la faune nocturne, des acteurs privés comme l’astroguide Clément Soulier proposent des randonnées crépusculaires et des soirées d’observation au télescope, révélant à de nombreux jeunes issus de milieux urbanisés un ciel qu’ils n’avaient jamais vu. Un projet pilote est coordonné avec la commune de Savilly pour aménager un spot d’observation équipé d’une table de lecture, de transats et de bancs en bois local, avec l’objectif de mailler le territoire de lieux d’observation.
Par ailleurs, un complexe scientifique et astronomique est en construction à Château-Chinon (1 860 habitants, Nièvre), sur la montagne du Calvaire à 610 mètres d’altitude. L’ancienne usine de traitement des eaux sera transformée en un centre doté d’un auditorium de 30 places, d’un planétarium de 30 places et d’une terrasse d’observation ouverte 24h/24. Trois télescopes ont été commandés, dont un Dobson d’un mètre de diamètre, l’un des plus grands en France accessibles au public. L’ancienne station météo deviendra un espace muséal reliant astronomie, géologie, histoire et environnement. L’ouverture est prévue pour l’été 2026.
