Une |Année 2026 cruciale pour le BHV
Numéros de page :
pp.23-25
Déficitaire depuis des années, le BHV Marais, racheté en novembre 2023 par Frédéric Merlin et sa sœur Maryline via la société SGM, enregistrait une perte annuelle moyenne de 15 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros. La pandémie de Covid-19 et la piétonisation partielle de la rue de Rivoli ont aggravé la situation. En 2024, le groupe BHV a affiché un Ebitda avant frais de siège de 9,6 millions d’euros, mais des retards de paiement ont provoqué le mécontentement des fournisseurs, situation qui s’est détériorée en 2025 avec de nombreuses factures impayées et le départ d’une centaine de marques, dont Dior, Guerlain, Sandro, Maje et Claudie Pierlot. Une source interne évoquait une chute de 70 % des ventes, chiffre contesté par Frédéric Merlin, qui reconnaît néanmoins une baisse du chiffre d’affaires.
Pour restaurer la confiance, SGM a signé avec une centaine de nouveaux acteurs et déployé une solution technologique inédite permettant aux fournisseurs de recevoir chaque jour ouvré un virement correspondant aux paiements reçus, afin de réduire la tension de trésorerie. L’objectif est d’intégrer entre 15 et 30 fournisseurs à ce système dès décembre-janvier, puis la quasi-totalité d’ici fin mars. Malgré ces efforts, plusieurs dizaines de milliers d’euros restent dus à certains fournisseurs, comme le Slip français.
Près de 20 millions d’euros ont été investis dans de nouveaux outils digitaux pour remplacer ceux des Galeries Lafayette, entraînant la suspension temporaire du site e-commerce début janvier 2026, en pleine période de soldes et alors que la neige incitait à l’achat en ligne. Le chiffre d’affaires estimé pour 2025 se situe entre 350 et 400 millions d’euros. Le BHV Marais accueille 7 millions de visiteurs par an et emploie 1 000 salariés. L’enseigne compte 9 magasins (Marais, Parly 2, Angers, Dijon, Grenoble, Le Mans, Limoges, Orléans, Reims).
Pour 2026, plusieurs transformations sont prévues : ouverture en juin d’une halle alimentaire de 1 000 m² opérée par Cerise et Potiron au sous-sol, création d’une place de marché avec bar, café et fleuriste au rez-de-chaussée, transformation de l’offre beauté en une grande parapharmacie d’au moins 500 m², regroupement de la mode homme et femme au même étage, agrandissement de l’espace Shein sur tout le sixième étage (contre les trois quarts actuellement), transformation de la cafétéria en bouillon, déplacement de la librairie pour agrandir le corner Boulanger, et installation de La Niche au rez-de-chaussée.
Le partenariat avec Shein est renforcé, le corner devant occuper tout le sixième étage. Entre 8 000 et 12 000 personnes visitent chaque jour le corner Shein, avec un panier moyen de 37 euros, contre 70 euros dans le reste du magasin. 28 % des clients Shein achètent ailleurs dans le magasin, mais l’inverse est rare. Le taux de transformation est jugé insuffisant, avec l’objectif de le doubler en améliorant l’offre et le positionnement prix.
La marque propre Galeries Lafayette n’étant plus fournie depuis la rupture du contrat d’affiliation, SGM prévoit de lancer une nouvelle marque de distributeur, avec une offre mode et maison à marque propre. Depuis 2022, SGM exploitait sept magasins Galeries Lafayette en province (Angers, Dijon, Grenoble, Le Mans, Limoges, Orléans, Reims), mais le contrat d’affiliation a été rompu en novembre 2025 suite à l’arrivée de corners Shein, et ces magasins sont passés sous enseigne BHV. Les transformations prévues à Paris seront également appliquées en province, avec un positionnement plus populaire et l’ouverture de corners Shein.
Fin décembre, SGM a trouvé un acheteur anglo-saxon pour les murs du BHV Marais, toujours propriété des Galeries Lafayette, probablement le gestionnaire d’actifs canadien Brookfield Asset Management. Le nouveau propriétaire, dont l’identité sera confirmée d’ici fin janvier, aura son mot à dire sur les travaux et la présence de Shein. En 2024, SGM avait négocié une baisse de loyer de 15 millions d’euros, contribuant à l’équilibre financier, mais rien ne garantit que le nouveau bailleur maintiendra cet effort. L’année 2026 s’annonce donc cruciale pour la pérennité du BHV, avec de nombreux défis à relever.
