Aller au contenu principal

Altman, le flambeur

Numéros de page :
pp.90-112
2025 marquait le centenaire de la naissance de Robert Altman, disparu en 2006, il y a vingt ans. En prélude à la rétrospective que lui consacrera la Cinémathèque française au printemps (22 avril – 25 mai 2026), Positif propose un dossier sur ce cinéaste que la revue a souvent défendu, à une époque où il était, surtout en France, victime d’un rejet presque général. Venu de la publicité et de la télévision, Altman est particulièrement représentatif de cette génération du Nouvel Hollywood qui fit souffler un vent nouveau sur le cinéma et ses structures de production dans les années 1970. Pourtant, sa liberté de sujets, de ton, de style fut telle qu’il ne trouva, aux États-Unis comme en Europe, que peu de soutien auprès des habituels amateurs du cinéma d’auteur. Trop caustique, trop provocateur, trop vulgaire. Il fallut attendre un rebond de sa carrière, dans les années 1990, avec The Player et Short Cuts, pour le voir reconnu à sa juste place. Qui est celle d’un extraordinaire créateur de formes cinématographiques : multitude de pistes sonores, entrelacs de micro-récits, décentrement de l’action dans le cadre servant la complexité d’une représentation sociale aussi acide que drôle, où le désespoir se déguise souvent en burlesque. Outre deux entretiens inédits en français, avec Altman lui-même et avec sa scénariste Barbara Turner, qui donnent l’un et l’autre une idée de ce que pouvait être la préparation d’un film du cinéaste, les textes réunis insistent sur la place centrale qu’occupe la trame sociale dans ce cinéma : l’espace public traversé par les médias sonores, les intrigues politiques, les interactions d’une quantité de personnages forment une image de la société américaine qui n’a pas d’équivalent au cinéma. Une société de surveillance et de contrôle dont le ressort principal est le spectacle : chacun, parce qu’il veut être vu, accepte d’être regardé… Les quelques incursions du réalisateur en Europe (Prêt-à-porter et Gosford Park) montrent s’il en était besoin que le tableau de l’Amérique qu’il brosse film après film aurait pu être le nôtre, et attend son auteur.