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Dialogues : les mots qu'on dit, l'échange qu'on filme

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pp.92-118
Les intertitres de l’art muet étaient si concis que les premiers spectateurs du cinéma parlant, dérangés dans leurs habitudes, n’hésitèrent pas à dénoncer sa prolixité : le théâtre filmé, malgré les réussites de Guitry et de Pagnol, devint dès lors l’exemple à ne pas suivre ; il a conservé longtemps cette fonction ; l’a-t-il même perdue aujourd’hui ? Le refus de considérer le dialogue comme une partie de la forme cinématographique s’attache comme un effet et comme une cause à ce déni. Les critiques de cinéma restent souvent muettes sur le dialogue, et les linguistes, qui ne jurent que par « l’énoncé » et le « discours », ne lui prêtent guère plus d’attention. Depuis près d’un siècle, les films offrent pourtant, dans de nombreuses langues, une documentation incomparable sur les rapports de la parole et du corps, sur les registres de langage, sur l’expression verbale dans son contexte non verbal, sur les facteurs de continuité dans les échanges. Ce n’est pas que cette matière soit toujours fidèle aux pratiques sociales qu’elle prétend imiter, mais elle permet du moins de comprendre quelles imitations de leurs usages quotidiens tolèrent les gens d’une époque. Dans ce dossier, nous avons seulement cherché à explorer par quels moyens la mise en scène intègre les paroles et les échanges de paroles aux formes cinématographiques. Il s’avère que l’étude des situations donne ces examens, parce que le dialogue des films est une condition de leur fonctionnement narratif.