Tarik Hamane : " Le dessalement permettra de couvrir 63 % des besoins du Maroc en eau potable "
Numéros de page :
pp.136-137
L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (Onee) du Maroc prévoit d’investir près de 20 milliards d’euros d’ici 2030 pour accompagner la dynamique socio-économique du pays et renforcer sa souveraineté énergétique. Un accord de 12 milliards d’euros a été signé avec Taqa Morocco, Nareva et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, et une alliance avec l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen) et l’État vise l’installation de 5 gigawatts d’électricité verte d’ici 2030.
Depuis la guerre en Ukraine, l’Onee affiche un déficit cumulé de 46 milliards de dirhams en trois ans (4,3 milliards d’euros). Pour répondre à ces défis, l’Office se transforme en société anonyme, avec une modernisation de la gouvernance, une séparation comptable des activités, un pilotage renforcé des projets stratégiques liés aux énergies renouvelables, au stockage et au réseau de transport, ainsi qu’une intégration progressive des systèmes eau-énergie. L’objectif est de garantir la sécurité d’approvisionnement, la maîtrise tarifaire, la transition énergétique et l’équité d’accès aux services essentiels.
Le plan de développement prévoit 15 000 MW additionnels de capacité électrique d’ici 2030 (contre 12 000 MW actuellement), dont plus de 12 400 MW en énergies renouvelables et en stockage, pour un investissement global de 100 milliards de dirhams. De nouvelles capacités thermiques au gaz naturel dépasseront 3 000 MW. Le gaz naturel est retenu comme combustible de transition, et le stockage (batteries BESS, stations de transfert d’énergie par pompage STEP) jouera un rôle central pour soutenir l’intégration massive des énergies renouvelables.
Le financement de ces projets reposera à près de 80 % sur le secteur privé, via des partenariats public-privé (PPP) structurants et une structuration financière diversifiée (marché bancaire, marchés des capitaux, partenaires internationaux). Par exemple, la centrale à gaz Al Wahda (4,2 milliards de dirhams) combine 20 % de fonds propres, 48 % de dettes spécialisées (Flexenergy, Nord Energy) et 32 % d’un consortium bancaire (Attijariwafa Bank, Bank of Africa). Le système de stockage par batteries mobilise 2,1 milliards de dirhams pour l’EPC, financés via le marché des capitaux.
Dans le secteur de l’eau, un programme de 43 milliards de dirhams est prévu à l’horizon 2030, dont 21 milliards de dirhams assurés par le PPP. Ce plan permettra de mobiliser un débit supplémentaire d’environ 3 millions de m³ par jour, dont 80 % par dessalement de l’eau de mer. La capacité de production du dessalement dépassera 1,3 milliard de m³ par an en 2030, couvrant 63 % des besoins nationaux en eau potable (contre 9 % actuellement). Cinq stations de dessalement de grande envergure sur neuf seront financées, réalisées et exploitées par le secteur privé, représentant environ 50 % du montant du plan. La station de dessalement de Casablanca, la plus grande d’Afrique, sera mise en service début 2027, produira 300 millions de m³ par an et sera alimentée à 100 % en énergie propre.
Le chiffre d’affaires de l’Onee est en hausse de 3 %, atteignant 42,5 milliards de dirhams, mais l’Office reste déficitaire et exposé à la volatilité des prix des combustibles, sans marge de manœuvre sur les prix de l’électricité, qui sont réglementés. L’Onee assure néanmoins un taux d’électrification de plus de 99,9 % en milieu rural et un accès à l’eau potable de plus de 98 % sur tout le territoire. Pour maintenir ces standards, la réforme de l’Office est jugée essentielle.
