L' |Avenir en suspens des eaux de Nestlé
Numéros de page :
pp.32-34
Nestlé a filialisé début 2025 sa division eaux et boissons premium sous le nom Nestlé Waters & Premium Beverages, dont l’avenir est incertain en raison de la crise touchant la marque Perrier. Le 18 novembre 2024, le tribunal de Nanterre a rejeté la demande de l’UFC-Que Choisir de retirer Perrier du marché, permettant la poursuite de la commercialisation, mais la marque reste suspendue au renouvellement de l’autorisation d’exploitation de la source de Vergèze (Gard). Les ventes de Perrier sont en fort recul, avec une baisse de 8 % en volume à P6 2025 selon Circana, et la production de cols a chuté de 27,4 % entre 2021 et 2024, en partie à cause de contraintes d’approvisionnement.
Nestlé Waters a reconnu des « erreurs héritées du passé » concernant l’utilisation de filtrations interdites (charbon, ultraviolet) révélées début 2024, mais affirme avoir investi massivement pour la mise en conformité de ses sites : près de 150 millions d’euros pour Vergèze (Perrier) et 93 millions pour les Vosges (Vittel, Contrex, Hépar). L’entreprise attend la décision de la préfecture du Gard sur le renouvellement de l’autorisation d’exploitation de la source de Vergèze, tandis qu’un procès pour dépôts de déchets sauvages dans les Vosges est prévu en mars 2026.
Nestlé Waters & Premium Beverages a réalisé un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de 2025, en croissance de 2 % (taux de croissance réel). L’entité compte 44 usines et 33 000 salariés. Sa valorisation dépend fortement de l’avenir de Perrier, estimée autour de 5 milliards d’euros ou plus selon Bloomberg (mars 2025). En 2021, Nestlé avait déjà cédé ses marques régionales d’eau de source en Amérique du Nord pour 4,3 milliards de dollars (4 milliards d’euros).
Trois scénarios sont envisagés pour l’avenir de Nestlé Waters & Premium Beverages : le maintien dans le groupe (peu probable), la cession (plusieurs fonds d’investissement, dont Bain Capital et PAI Partners, sont intéressés), ou la recherche d’un partenaire via une coentreprise, modèle déjà utilisé par Nestlé (Lactalis-Nestlé ultra-frais en 2006, Froneri en 2016).
La contribution des marques françaises (Perrier, Vittel, Contrex, Hépar) et italiennes (S.Pellegrino, Levissima, Acqua Panna) est déterminante, représentant respectivement 21 % et 27,7 % des volumes mondiaux de Nestlé Waters & Premium Beverages. Perrier représente à lui seul 7 % des volumes mondiaux, S.Pellegrino 11 %. La part de marché en volume des principaux intervenants de l’eau gazeuse naturelle est de 32 % pour Perrier, mais les ventes sont en recul.
Le marché des eaux embouteillées a été profondément reconfiguré en quarante ans : alors que les marques d’eau minérale dominaient dans les années 1980, aujourd’hui l’eau de source, notamment Cristaline, occupe la première place avec 228 millions d’UVC vendues en 2024, loin devant Volvic (73,7 millions de bouteilles). Les contraintes de pouvoir d’achat et la faible marge des marques d’eau minérale poussent Nestlé à accélérer sur le marché des boissons aromatisées, plus valorisé et moins contraint réglementairement.
Maison Perrier, lancée il y a un an, représente déjà 17 % des volumes du marché de l’eau gazeuse aromatisée et se vend à 1,5 million de bouteilles par jour dans 80 marchés. Sur le site de Vergèze, 36 % des volumes étaient vendus sous Maison Perrier et 62 % sous Perrier en 2024 ; l’objectif pour 2025 est de passer à 45 % pour Maison Perrier et 55 % pour Perrier. La marque bénéficie d’une campagne mondiale avec Lily Collins comme égérie.
Les syndicats s’inquiètent d’un éventuel désintérêt pour les autres marques et usines si un partenaire ou repreneur se concentre sur Perrier et S.Pellegrino. En 2025, Nestlé Waters & Premium Beverages a rejoint le Syndicat des boissons sans alcool, aux côtés de PepsiCo France, CCEP et Suntory Beverage & Food France.
