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Une |Affaire de corps. Entretien avec Marie-Hélène Lafon

Numéros de page :
pp.235-246
Née en 1962, issue d’une famille de paysans du Cantal, devenue professeure de lettres à Paris, Marie-Hélène Lafon est restée profondément attachée à sa terre natale et à ses habitants, c’est-à-dire à ses « sources », terme qu’elle préfère significativement à celui de « racines ». Au fil de ses livres, qui se distinguent par une écriture précise, charnelle, où les silences mêmes sont chargés d’intensité expressive, Marie-Hélène Lafon s’attache à faire vivre ou revivre des hommes et des femmes dont l’existence apparemment minimale serait sans elle restée inaperçue. Pour cette écrivaine, même une vie sans postérité, même une humanité nue réduite au travail — comme celle de l’ouvrier agricole Joseph dans le récit éponyme — mérite d’être racontée. On a pu remarquer dans ses livres une dimension sociologique, voire ethnologique. Mais l’écriture même, par sa puissance d’incarnation des êtres et des choses, les hisse à hauteur d’universalité. Marie-Hélène Lafon sait faire richesse d’une syntaxe épurée. « Il y a une volupté du dénuement, une ivresse de l’âpreté », a-t-elle déclaré un jour. Si ses récits nous disent l’inépuisable de toute vie humaine, leur capacité de dévoilement ne blesse jamais le secret des êtres dont ils s’approchent au plus près. On lira ici l’entretien que Marie-Hélène Lafon a accordé à Brigitte Ferrand au début de l’été dernier.