L' |Apéritif, un rituel fédérateur qui déjoue les crises
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pp.30-37
En dépit de l’inflation et de l’incertitude politique, l’apéritif demeure un rituel central et fédérateur pour les Français, incarnant convivialité, détente et partage. Selon l’étude Appinio pour LSA menée en novembre 2025 auprès de 1 000 personnes âgées de 18 à 65 ans, 67 % des Français prennent l’apéritif au moins une fois par semaine, un chiffre stable par rapport à 2023. Un tiers (31,8 % en 2023) le consomment plus de deux fois par semaine, avec une fréquence plus élevée chez les hommes (48 % deux à quatre fois par semaine contre 17,5 % des femmes) et les foyers avec enfants (34,5 % contre 23,9 % sans enfants). Les 55-65 ans sont 42,8 % à le prendre environ une fois par semaine, contre 32 % des 18-24 ans (+10 points vs 2023).
La pratique de l’apéritif résiste aux crises économiques et sociales, bien que la moitié des sondés ait réduit la fréquence pour des raisons budgétaires. Les inactifs sont deux fois moins nombreux que les CSP+ à le prendre plus de deux fois par semaine (17 % vs 36 %). L’apéritif se recentre sur la sphère domestique : 94 % des Français le prennent chez eux ou chez des proches, contre 23 % dans un bar ou restaurant. Cette proportion monte à 32 % dans les grandes villes et 29 % chez les CSP+ (13 % en zone rurale, 17 % chez les inactifs). 65 % limitent les sorties apéritives pour des raisons financières. L’apéritif est principalement partagé en famille (76 %) et entre amis (68 %), et 84 % des parents intègrent leurs enfants à ce moment.
La durée de l’apéritif est inférieure à une heure dans plus de la moitié des cas. Il précède un repas structuré pour 88 % des Français, mais se substitue à un repas pour 12 %. Le budget moyen par convive est stable autour de 12 € (11,90 €), montant à 14,70 € chez les 18-24 ans, 13,40 € chez les 25-34 ans, 13,50 € pour les hommes, 10,20 € pour les femmes, 12,80 € dans les grandes villes de plus de 100 000 habitants, et 11,60 € dans les villages et zones rurales de moins de 2 000 habitants. Les dépenses se répartissent entre boissons (44 %), produits de snacking (33 %) et produits frais (23 %).
Quatre Français sur cinq consomment au moins parfois de l’alcool à l’apéritif (80 %), dont 55 % régulièrement. Les inactifs sont trois fois plus nombreux que les CSP+ à ne pas boire d’alcool (21 % vs 7 %). L’alcool est perçu comme un moyen de détente (52 %), de créer une ambiance propice à la discussion (40 %) et une tradition familiale (24 %). Les bières sont désormais la boisson alcoolisée la plus prisée (59 %), surtout chez les 25-34 ans (70 %) et dans le Sud-Est (66 %). Heineken est la première marque citée (39 %, 50 % chez les 18-24 ans), suivie de Leffe (26 %), Desperados (22 %, 29 % chez les 35-44 ans), 1664 (18 %) et Kronenbourg (11 %, 16 % chez les 55-65 ans). Les spiritueux sont choisis par 58 % (plus de 66 % chez les 45 ans et plus), et les vins par 44 % (51 % chez les 35-44 ans et CSP+).
Pour les boissons sans alcool, les sodas et limonades sont plébiscités par 65 % (80 % chez les 18-24 ans), les jus de fruits ou légumes par 50 %. Coca-Cola domine le classement des marques (80 %), suivi par Pepsi qui détrône Oasis. 61 % des Français ne sont pas enclins à consommer des boissons prêtes à boire (+5 points vs 2023), préférant maîtriser la teneur en alcool (37 %, 47 % chez les 55-65 ans) et personnaliser leurs goûts (32 %, 41 % chez les 18-24 ans).
La consommation de produits industriels et frais est mixte : la part de ceux qui consomment exclusivement des produits frais a été divisée par deux entre 2023 et 2025 (de 12 % à 6 %), tandis que la consommation mixte progresse (de 47 % à 51 %). Un tiers privilégie le tout-prêt (31 %, 37 % chez les 18-24 ans, 39 % chez les inactifs). Le goût est le premier critère de choix (51 %, 59 % chez les 35-44 ans), suivi du manque de temps ou d’envie de cuisiner (40 %) et de l’accessibilité (35 %). 60 % des Français indiquent que l’inflation les conduit à choisir des produits moins chers.
Les chips sont le produit de grignotage incontournable (75 % de consommateurs réguliers), suivis des fruits secs (70 %, -4 points vs 2023) et des biscuits salés (66 %, +5 points). Les marques préférées sont Lay’s, Belin et Vico (qui double Bénénuts). Les produits frais sont préférés par 17 % des Français (-5 points vs 2023), motivés par le goût (46 %, 58 % en zone rurale) et la santé (35 %, 42 % en 2023). La perception d’économie en privilégiant les produits frais recule (31 % en 2023 à 19 % en 2025, 12 % chez les CSP-, 30 % chez les inactifs). Les produits frais les plus consommés sont la charcuterie (53 %, 59 % en 2023), les fromages apéritifs ou en tranches (45 %), les fromages à la coupe (36 %, -3 points) et les olives ou tartinables (43 %).
Les achats de produits frais se font principalement en grandes surfaces, mais les magasins spécialisés sont privilégiés pour la charcuterie (15 %) et le fromage à la coupe (15 %), et le marché pour les fruits (19 %) et légumes (17 %). Apéricube reste la première marque de produits frais citée (16 %, 21 % en 2023), suivi de Blini, Florette et Bonduelle.
Concernant les enfants, 84 % des parents les intègrent à l’apéritif, mais 64 % estiment qu’ils grignotent trop (72 % en 2023). 31 % des parents peinent à profiter de ce moment (41 % en 2023). 71 % jugent l’offre de produits apéritifs pour enfants assez variée (66 % en 2023), mais souhaitent plus de produits ludiques, sains, moins d’additifs et accessibles en prix.
L’apéritif reste donc un rendez-vous intergénérationnel, très codifié, qui s’adapte aux contraintes économiques tout en demeurant un pilier de la convivialité française. Le marché représente un enjeu stratégique pour les industriels, avec des dépenses par convive allant de 10,10 € à 14,70 € selon l’âge, le genre et le lieu de résidence.
