Obsèques : l’écologie cherche encore sa place
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pp.20-23
Près de 59 % des Français considèrent la dimension écologique des obsèques comme importante, selon le 6e baromètre ‘Les Français et les obsèques’ du Credoc (printemps 2024). Pourtant, seuls 15 % placent l’impact environnemental comme critère principal lors du choix des funérailles. Le coût environnemental des obsèques, évalué par la CSNAF dans un rapport d’octobre 2024, se situe entre 620 et 649 kg d’équivalent CO2, soit l’équivalent des émissions mensuelles d’un habitant français. Malgré cette prise de conscience, le respect des volontés du défunt et le prix restent les priorités des familles, d’autant plus que l’inflation, bien que stabilisée sous 1 % en 2025, continue de peser sur le pouvoir d’achat.
La tendance est à la comparaison des devis entre plusieurs entreprises de pompes funèbres, une pratique accentuée par la conjoncture économique. Les personnes âgées, principales interlocutrices des agences, sont généralement moins sensibles à l’écologie que les jeunes générations. Néanmoins, certaines familles s’intéressent à la composition des cercueils, notamment à l’offre de modèles en carton. Toutefois, ces cercueils ne sont pas acceptés partout et posent des problèmes écologiques lors de l’inhumation à cause des colles utilisées. Les cercueils bruts et non traités sont jugés plus responsables par certains professionnels.
L’empreinte carbone d’un cercueil en carton est de 20 kgCO2eq, contre 22 à 26 kgCO2eq pour un cercueil en pin ou en chêne français. Si le bois est importé (Italie, Hongrie, Roumanie), l’impact double, et il peut tripler pour du bois polonais. Pour les monuments funéraires, un élément en granit français émet 183 kgCO2eq, contre 330 à 374 kgCO2eq pour du granit étranger travaillé en France, et 543 à 816 kgCO2eq pour un monument taillé et importé d’Inde ou de Chine. Ces différences s’expliquent principalement par le transport, qui alourdit aussi la facture. Cependant, cercueils et monuments ne représentent respectivement que 3 % et 7 % de l’empreinte carbone totale des obsèques.
La cérémonie elle-même, notamment les déplacements des participants, constitue la principale source d’émissions, représentant entre 43 % et 50 % de l’empreinte carbone totale. Malgré la possibilité de retransmission en direct, peu de familles y recourent, préférant la présence physique pour le soutien lors du deuil.
Le choix entre crémation et inhumation n’est pas dicté par l’écologie, mais par le coût et l’entretien de la sépulture. L’impact environnemental est similaire : 200 kgCO2eq pour la crémation (principalement à cause du gaz utilisé) et 233 kgCO2eq pour l’inhumation (en raison du caveau). Les alternatives plus écologiques comme l’humusation, l’aquamation ou la promession ne sont pas autorisées en France. L’humusation, par exemple, soulève des questions juridiques, éthiques et environnementales, et les expérimentations à l’étranger ont montré des résultats décevants (décomposition lente, pollution des sols). Ces pratiques restent limitées à quelques pays (États-Unis, Suède, Royaume-Uni, Corée du Sud, Afrique du Sud).
Des innovations sont en cours pour réduire l’empreinte carbone des rites actuels, comme le procédé de “sublimation” développé par Florian Leclerc, qui utilise l’hydrogène à la place du gaz pour une crémation plus rapide, économique et écologique.
Par ailleurs, 49 % des Français ont laissé ou souhaitent laisser des instructions concernant leurs obsèques. Enfin, le design s’invite dans le domaine funéraire, comme en témoigne la collection “The Last Pot” présentée à Milan en avril 2025, où dix designers internationaux ont imaginé des urnes funéraires, mêlant esthétique, symbolisme et réflexion sur la mort, un sujet encore tabou en France.
