Liquides. Le réemploi mis à l'épreuve
Numéros de page :
pp.30-33
La loi Agec, adoptée en 2020, vise à réduire de 20 % d’ici fin 2025 le plastique à usage unique en France et à le supprimer totalement d’ici 2040. Le réemploi doit contribuer à hauteur de 10 % d’ici 2027. La réglementation européenne PPWR, votée en décembre 2024, fixe un objectif de réemploi de 10 % d’ici 2030 et de 40 % d’ici 2040. Les industriels attendent un alignement clair entre la loi française et la réglementation européenne, notamment sur la définition des emballages concernés et les méthodes de calcul.
Dans ce contexte, le secteur des boissons teste à grande échelle un modèle mutualisé de réemploi. Six enseignes (Carrefour, Intermarché, E. Leclerc, Coopérative U, Monoprix, Auchan) participent au dispositif ReUse, lancé en juin et piloté par Citeo. À l’automne, 400 magasins sont équipés d’une machine de collecte, chiffre qui doit atteindre 750 d’ici la fin de l’année. Biocoop, de son côté, a déjà équipé 600 de ses 740 magasins et prévoit de généraliser le dispositif à l’ensemble de ses points de vente d’ici fin 2024. Près de 130 références de son catalogue sont vendues dans des emballages réemployables, principalement des bouteilles en verre pour le vin, la bière, les kéfirs, kombuchas, limonades et sauces.
Depuis le 12 juin, 16 millions de consommateurs dans quatre régions (Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Hauts-de-France) ont accès à l’offre ReUse, qui concerne 158 références, dont 125 de boissons (bières, vins, softs, eaux, laits). Le montant de la consigne est de 0,10 € pour les petits formats et 0,20 € pour les grands, remboursé au retour de l’emballage, soit par carte bancaire, soit par bon d’achat. Les produits consignés sont identifiés par un pictogramme violet et orange « Rapportez-moi pour réemploi » et une signalétique spécifique en rayon.
Dans les magasins Intermarché de Caudry et Villers-Outréaux (59), deux machines collectent les bouteilles consignées, l’une dédiée à la bière, l’autre à une gamme plus large de contenants. Près d’une centaine de références de bières sont vendues dans des bouteilles consignées, facturées 0,20 € et remboursées en bon d’achat. Les machines sont connectées en temps réel et vidées dès qu’une alerte est reçue. Selon une étude de l’Ademe (2023), à partir de quatre réutilisations, une bouteille consignée devient plus vertueuse qu’un emballage à usage unique.
L’expérimentation ReUse, déployée dans quatre régions, couvre déjà 400 magasins et vise 750 d’ici fin 2024. Go! Réemploi, sélectionné par Citeo, regroupe cinq entreprises expertes (Massilly Conservor, Bout’ à Bout’, Haut La Consigne, Bocoloco, Fabrice Peltier Création) et gère le parc d’emballages, l’organisation de la boucle et le système d’information. Le système d’interopérabilité permet aux consommateurs de rapporter leurs bouteilles dans n’importe quel magasin, quelle que soit l’enseigne. Les emballages collectés sont triés, lavés et réintroduits dans le circuit. De juin à septembre, 100 000 produits consignés ont été mis sur le marché, dont 12 000 retournés, soit un taux de retour de 15 %. L’objectif est d’atteindre 50 % d’ici fin 2026.
Deux bouteilles standardisées, baptisées R-Cœur (75 cl pour les bières, 1 l pour les jus, soupes et laits), produites par Verallia et O-I France, sont réutilisables des dizaines de fois et représentent 75 % des volumes vendus dans ReUse. Citeo en a déjà fabriqué 8 millions et prévoit 30 millions d’unités à moyen terme. Un appel d’offres en 2026 doit ouvrir la production à d’autres verriers. Citeo consacre 5 % de son chiffre d’affaires au développement du réemploi, soit plus de 30 millions d’euros pour 2025-2026, couvrant la production des emballages standards, l’acquisition des machines de collecte, la communication et le soutien aux opérations de lavage.
33 industriels sont impliqués dans le dispositif ReUse, dont les leaders Heineken et Kronenbourg, ainsi que Castelain, Brasserie de Bretagne, Brasserie de Sutter, Duyck, Lancelot, Le Brouhaha, etc. Les industriels peuvent utiliser leurs propres bouteilles ou des emballages standardisés R-Cœur. Chez Brasseries Kronenbourg, plus de 80 % des volumes sont déjà consignés dans le circuit CHR. ReUse élargit le test à la grande distribution, avec deux références conditionnées dans la R-Cœur 75 cl. D’autres essais sont menés avec Loop chez Carrefour et Le Fourgon pour la livraison à domicile. Danone adapte ses propres bouteilles Evian et Badoit avec le pictogramme « Rapportez-moi pour réemploi ».
Une autre expérimentation, « En route pour le réemploi ! », est menée par Léko en Auvergne-Rhône-Alpes, avec l’objectif de couvrir 500 points de vente et 40 marques d’ici 2026, en s’appuyant sur des partenaires comme Loop et Revera. Léko privilégie le renforcement des boucles existantes plutôt que la création d’un modèle centralisé, estimant que le pluralisme favorise l’innovation et la transparence. Avant le passage à l’échelle nationale prévu en 2027, Citeo et Léko devront présenter un bilan de fin d’étape en 2026.
Le chiffre d’affaires des liquides progresse de +0,8 % (+2,4 % en volume). 750 points de vente seront équipés d’une machine de collecte d’ici la fin de l’année. 16 millions de consommateurs ont accès au dispositif ReUse. 100 000 produits consignés ont été mis sur le marché entre juin et septembre, avec un taux de retour de 15 %. 8 millions de contenants standards ont été produits, avec un objectif de 30 millions à moyen terme. 33 industriels sont engagés dans ReUse. Citeo investit plus de 30 millions d’euros pour 2025-2026 dans le développement du réemploi.
