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Sophie de Closets : "Peu de maisons ont la chance de célébrer leurs 150 ans"

Numéros de page :
pp.39-42
Flammarion célèbre ses 150 ans, une longévité rare dans l’édition, avec une histoire marquée par l’innovation et la valorisation de son fonds, notamment à travers les collections « Champs », « GF » et « Les albums du Père Castor ». Pour cet anniversaire, la maison réédite des titres emblématiques d’auteurs comme Colette, Fernand Braudel, Alberto Moravia, François Mitterrand et Paul Bocuse dans une collection spéciale. Deux événements majeurs sont organisés : une exposition « Le savant et l’éditeur » à la Galerie Gallimard en septembre, retraçant les débuts de la maison et présentant des illustrations originales de Camille Flammarion, et un festival à Deauville les 18 et 19 octobre, réunissant plus de 40 auteurs aux Franciscaines, avec débats, ateliers, séances de dédicace et bal littéraire. Fondée par Ernest Flammarion avec Charles Marpon, la maison a accompagné l’essor de la lecture et de l’instruction publique en France. Camille Flammarion, astronome célèbre, publia dès 1879 « L’Astronomie populaire » et d’autres ouvrages scientifiques à grand succès, contribuant à la diffusion du savoir par l’illustration. L’historienne Elsa Courant retrace cette période dans « Faire rêver le monde », paru chez Flammarion en septembre. Flammarion reste active dans les sciences humaines, avec des succès récents comme « Ève » de Cat Bohannon (15 000 exemplaires vendus), « Parler avec sa mère » de Maxime Rovère, « Le monde confisqué » d’Arnaud Orain et « Vivre avec les hommes » de Manon Garcia (chacun atteignant ou dépassant 10 000 ventes). Didier Eribon est traduit dans vingt langues. En documents, « La meute » de Charlotte Belaïch et Olivier Pérou, ainsi que les livres de Jimmy Mohamed, témoignent du dynamisme de la maison. Une enquête sur un parti politique a atteint 120 000 ventes, un chiffre rare. « Les ogres » de Victor Castanet, enquête sur les crèches privées, s’est vendu à près de 30 000 exemplaires, avec des droits d’adaptation audiovisuelle cédés avant parution. Son précédent livre, « Les fossoyeurs », publié chez Fayard, avait atteint près de 300 000 exemplaires et reçu cinq prix. « Les ogres » a contribué à porter le sujet devant l’Assemblée nationale et à favoriser le vote d’une loi pour mieux contrôler le secteur. Le chiffre d’affaires des cessions de droits audiovisuels est en hausse, mais la mission première reste l’édition de livres. Flammarion revendique un rôle social, notamment par la publication d’enquêtes qui peuvent révéler des dysfonctionnements et ouvrir le débat public, à l’heure où la presse a de moins en moins les moyens de financer des enquêtes au long cours. L’indépendance du groupe Madrigall, dirigé par Antoine Gallimard, garantit cette liberté aux auteurs. La maison accueille une grande diversité d’auteurs, du grand public comme Virginie Grimaldi et Gilles Legardinier, à des écrivains présents de longue date comme Michel Houellebecq, Christine Angot, Catherine Millet ou Yasmina Reza. Alix Penent, directrice éditoriale de la littérature française, a fait entrer une nouvelle génération d’auteurs tels qu’Olivier Adam, Alice Zeniter, Raphaël Quenard, Victor Jestin et Gabrielle de Tournemire. La préoccupation principale est la place de la littérature dans les médias et les points de vente, alors que l’explosion de l’offre réduit les mises en place et que les temps sont difficiles pour les libraires. Pour toucher de nouveaux publics, Flammarion développe des spectacles autour de ses auteurs, via la filiale « Une bonne compagnie » créée avec Asterios. Des événements comme le spectacle de Xavier Niel à l’Olympia ou celui de La Rata accompagnent la parution de livres. Le Fameux Festival à Deauville s’inscrit dans cette dynamique. La diffusion-distribution, assurée par UD, est jugée très satisfaisante, comme en témoigne le succès de Virginie Grimaldi dont les ventes en grand format ont presque doublé depuis son passage de Hachette à Flammarion, avec son dernier roman « Les heures fragiles » paru en mai. La rentrée littéraire reste un moment fort, avec près de 500 romans publiés en peu de temps. Brigitte Giraud a reçu le prix Goncourt en 2022 pour « Vivre vite ». En 2026, un enjeu majeur sera la sortie du livre de Gisèle Pelicot, « Et la joie de vivre », écrit avec Judith Perrignon, prévu dans près de vingt pays avec un tirage d’environ 150 000 exemplaires en France. Enfin, l’ouvrage « Flammarion. 150 ans d’édition et de librairie » de Pascal Fouché, 304 pages illustrées, retrace l’histoire de la maison et coûte 36 €. L’exposition « Faire rêver le monde » d’Elsa Courant, 151 pages, est parue en septembre au prix de 20 €.