Penser la population. De Platon à nos jours
Numéros de page :
pp.151-153
Alors que l’obsession à l’égard de certaines populations atteignait son paroxysme et que le nombre des hommes hiérarchisait les puissances mondiales, Alfred Sauvy, pionnier de la démographie, écrivait en 1943 dans Richesse et population : « Si décisifs sont les problèmes de population qu’ils tirent de terribles, et souvent fatales, revanches pour les sociétés qui s’obstinent à les ignorer. » De nos jours, les termes de la question ont heureusement évolué, mais les enjeux démographiques demeurent tout aussi cruciaux : montée des Suds par la croissance de la fameuse « Bombe P », dont parlait Paul Ehrlich ; vieillissement de la population dans d’autres régions du monde ; déséquilibre entre générations ; dynamiques migratoires face auxquelles règne souvent un « grand déni » (François Héran)… Il y a pourtant un fossé entre ces problématiques, que le politique n’hésite parfois pas à instrumentaliser, et l’information du plus grand nombre, voire des décideurs eux-mêmes. Comme si, en matière démographique, un bagage élémentaire suffisait ou, pire, comme si le fantasme devait toujours succéder au fantasme.
