Richard Linklater. Nouvelle vague
Numéros de page :
pp.14-25
Malgré notre admiration pour Richard Linklater et notre visite sur le tournage de son film (Cahiers no 809), ce n’est pas sans une petite inquiétude que nous nous étions préparés à découvrir Nouvelle Vague, tant ce récit sur la genèse et le tournage d’À bout de souffle touche aux racines de notre cinéphilie et à l’histoire de cette revue. Mais son parti pris de la jeunesse et de la légèreté nous a réjouis. Trois ans après la mort de Jean-Luc Godard, cette antithèse du ricanant et stérile Redoutable de Michel Hazanavicius est une manière de le fêter depuis un enthousiasme sincère et vital. Linklater sait qu’il n’ajoute ni n’enlève rien à Godard, mais il est le premier à le considérer tel que la mort nous le laisse : comme une figure désormais mythique dont chacun peut faire ce qu’il veut. D’autres en feront probablement une statue, un mausolée, un opéra ou une encyclopédie, lui choisit de revenir à la source, à l’adolescence de l’art, à la joie première : celle de fabriquer. Et plutôt que de révérer un monument, il préfère, à travers ce portrait du génie en sale gosse, donner envie de faire du cinéma.
