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Pourquoi les cuisinistes passent au salon

Numéros de page :
pp.20-23
Après deux années consécutives de baisse d’activité (-6,9 % en 2023 et -6,5 % en 2024), le marché français de la cuisine équipée chute à environ 3,7 milliards d’euros en 2024, selon l’Ipea. Cette crise, consécutive à un ralentissement immobilier, pousse les cuisinistes à élargir leur offre vers le « hors-cuisine » (salon, dressing, bibliothèque, salle de bains) pour trouver de nouveaux relais de croissance. Aviva, désormais détenue à 100 % par l’allemand Nobilia, incarne ce virage avec sa nouvelle signature « Aviva Cuisines&Aménagements » : le hors-cuisine occupe désormais 30 % de la surface de vente (contre 5 à 10 % auparavant), même si l’objectif de chiffre d’affaires sur ce segment reste modeste (10 % visé). Le réseau Aviva compte 115 magasins (149 millions d’euros de CA en 2024), tous franchisés, et prévoit un déploiement progressif du nouveau concept, avec une généralisation de la nouvelle enseigne sur les façades d’ici 18 mois. Schmidt Groupe, leader du marché avec 1,3 milliard d’euros de CA en France en 2024 (729 millions pour Schmidt, 582 millions pour Cuisinella), a déjà une activité hors-cuisine représentant près de 10 % de son chiffre d’affaires, jusqu’à 15 % chez Schmidt et 6-7 % chez Cuisinella. L’objectif est d’atteindre 20 % d’ici 2030. Ixina France affiche une part de 10 à 12 % pour le hors-cuisine, Mobalpa 7 % (objectif 15 %), tandis que SoCoo’c envisage de s’y lancer. Malgré cette diversification, les enseignes restent prudentes et rappellent que leur cœur de métier demeure la cuisine. La communication et la visibilité sont jugées essentielles pour rester dans la « short list » des Français, qui demandent en moyenne deux à trois devis avant de choisir. Schmidt Groupe mise sur un maillage territorial dense, avec 736 points de vente en France (392 Schmidt, 338 Cuisinella, 5 ID Pro, 1 Spoon & Room) et prévoit 22 à 23 ouvertures en 2025. L’enseigne vise à être à moins de 15 minutes de chaque consommateur. Les formats de magasins évoluent : la taille moyenne diminue (300 à 350 m², parfois moins), l’omnicanalité s’impose, 70 % des clients d’Ixina débutant leur parcours en ligne, 20 % des rendez-vous pris via le site chez Ixina, 25 % chez Schmidt Groupe. Fournier, groupe familial savoyard, exploite 534 magasins en France (240 Mobalpa, 210 SoCoo’c, 80 Perene, 4 Hygena) et réalise 800 millions d’euros de CA en 2024. Mobalpa vise 300 magasins (contre 240 actuellement), avec un panier moyen élevé (13 500 € pour la cuisine). SoCoo’c cible l’entrée de gamme, Hygena (relancé en 2022) vise 10 points de vente d’ici 2026, Perene se positionne sur le haut de gamme. FBD Group, présent dans 20 pays avec 552 magasins, déploie une stratégie multi-enseigne : Ixina (460 millions d’euros de CA en France), Cuisine Plus (plus de 100 millions), Cuisines Références (74 millions), Vanden Borre Kitchen et Cake Kitchen (Belgique et France). Ixina vise 250 magasins en France (200 actuellement), sur des formats de 350 m², voire 150 m² en centre-ville. Aviva, avec 115 magasins, ambitionne d’atteindre 200 unités après avoir doublé son réseau en cinq ans. Sa segmentation de l’offre comprend trois gammes : Access (moins de 5 000 €), Adapt (5 000 à 10 000 €), Absolu (plus de 10 000 €). Plus de 600 collaborateurs ont été formés en trois mois pour accompagner le nouveau concept. La formation des équipes est un axe fort pour tous les acteurs (FBD Academy, formations internes chez Aviva). La maîtrise de la production (en propre ou via partenaires) permet des livraisons rapides (4 à 8 semaines). Le défi de la pose reste un point sensible, les enseignes cherchant à renforcer leurs liens avec des artisans fiables pour garantir la satisfaction client. Le marché reste très concurrentiel, avec 53 % de parts de marché détenues par les spécialistes. Les enseignes jonglent entre transferts et ouvertures ex nihilo pour renforcer leur maillage, tout en adaptant la taille des points de vente à la zone de chalandise. L’accompagnement, la qualité du conseil et la personnalisation du service sont mis en avant pour rassurer des clients engagés sur le long terme (15 à 20 ans). Les campagnes de communication insistent sur l’accessibilité et la diversité de l’offre, pour contrer l’image élitiste et attirer une clientèle large, tout en maintenant un suivi personnalisé et une expérience client rassurante.