Aléas climatiques : comment s'y préparer et réagir
Numéros de page :
pp.32-33
Selon France Assureurs, le coût de la sinistralité climatique devrait doubler entre 2020 et 2050 par rapport à 1989-2019, atteignant 143 milliards d’euros, contre 74,1 milliards d’euros précédemment (+93%). Sur ce total, 50 milliards d’euros seront liés aux inondations (+81%), 46 milliards aux tempêtes (+46%) et 43 milliards à la sécheresse (+311%). Les commerçants sont invités à anticiper ces risques en restant en veille permanente sur leur environnement, en téléchargeant des applications météo et d’alerte, en se formant aux procédures d’urgence, en privilégiant la sécurité des personnes, en respectant les décisions locales, en n’hésitant pas à fermer le point de vente, et en vérifiant les termes de leurs contrats d’assurance.
Dans le secteur du commerce, 36% des sinistres recensés concernent un dégât des eaux (coût moyen : 2 100 €), 16% un incendie (coût moyen : 3 700 €), 12% un bris de glace (coût moyen : 1 200 €) et 10% un vol ou du vandalisme (coût moyen : 3 200 €), selon Orus, à partir de plus de 20 000 sinistres professionnels.
Face à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des aléas climatiques, des enseignes comme Kiabi ont adapté leurs protocoles de gestion de crise. Après les inondations majeures de Valence (Espagne) les 29 et 30 octobre 2024 et celles ayant touché plusieurs magasins français (Givors, Saint-Égrève, Mont-de-Marsan, Cannes, Grasse), Kiabi a ajouté une sixième fiche à son protocole, dédiée aux intempéries. Chaque responsable permanent de magasin est formé deux fois par an à ce protocole et doit disposer d’une version papier de la fiche. Les consignes incluent la veille environnementale, la priorité à la sécurité des personnes, la fermeture rapide du magasin si nécessaire, l’information des services centraux, et la gestion rationnelle des moyens de communication en cas de coupure d’électricité.
Lors des inondations à Givors le 17 octobre 2024, la zone commerciale a été submergée, imposant la fermeture du magasin et le confinement du personnel au premier étage. L’évacuation a eu lieu avant minuit, sans blessé, et le magasin a rouvert deux jours plus tard, les dommages n’ayant pas dépassé la franchise d’assurance.
À Guillestre (Hautes-Alpes), l’Intermarché a subi le 1er décembre 2023 une crue du torrent de Palps après d’abondantes chutes de neige. Dès 10 heures, les deux bâtiments du magasin (1 000 m² alimentaire, 600 m² non-alimentaire) ont été submergés. Les 30 salariés ont été évacués et recensés par les secours. Les dégâts ont été considérables : stock perdu, gondoles arrachées, circuits électriques et matériel hors service, bâtiments ouverts car les rideaux étaient impossibles à baisser. Le nettoyage a duré plus de dix jours, avec l’aide des pompiers, des habitants et d’autres adhérents Intermarché. Le montant du sinistre a été estimé à plus de 5 millions d’euros. L’assurance a versé 800 000 euros, la centrale a étalé le remboursement des 800 000 euros de stock perdu et différé le paiement des nouvelles commandes. Dix salariés ont choisi une rupture conventionnelle, les autres ont travaillé à temps partiel dans un autre magasin, payés à temps plein. Le plus petit bâtiment a rouvert le 25 avril 2024, le plus grand doit rouvrir début décembre, soit deux ans après le sinistre, en raison de la nécessité de reconstruire des murs et des retards administratifs.
L’expérience a mis en avant l’importance de la solidarité, de la vérification des contrats d’assurance et de la formation à la gestion des sinistres. Malgré l’absence d’alerte météo pour la catastrophe de Guillestre, la préparation et l’entraide ont permis de surmonter la crise. Les événements climatiques exceptionnels sont appelés à se multiplier d’ici 2050, rendant indispensable l’anticipation et l’adaptation des commerçants face à ces risques.
