L’IA fait bouger les lignes de l’affacturage
Numéros de page :
pp.14-16
L’intelligence artificielle (IA) présente des atouts majeurs pour transformer l’affacturage, une technique de gestion financière permettant aux entreprises de céder leurs factures à des sociétés spécialisées (factors) afin d’obtenir rapidement des liquidités. L’affacturage, plus souple et rapide qu’un crédit bancaire, nécessite néanmoins de nombreux contrôles de conformité, de sécurité financière et de vérification documentaire, ce qui peut ralentir l’accès aux fonds. L’IA permettrait d’automatiser et d’accélérer ces processus, tout en améliorant la détection des fraudes, en rendant les contrôles systématiques plutôt que par sondages ou échantillonnages.
Grâce à sa capacité à traiter de gros volumes de données, l’IA renforce le scoring, c’est-à-dire l’évaluation de la solidité et de la fiabilité des clients et de leurs débiteurs. Elle permet de bâtir des scénarios prédictifs à partir des habitudes de facturation et de paiement, d’analyser les paiements récurrents, les ratios financiers, les bilans et les données de paie, afin d’anticiper les encaissements et d’élargir la capacité à prendre des risques. Par exemple, Cegid propose une gestion de trésorerie basée sur l’IA, capable d’évaluer en quelques secondes les risques de défaut de paiement et de fraude associés à chaque facture, et d’attribuer instantanément le bon niveau de risque, permettant ainsi une avance de trésorerie sous 48 heures. Leur modèle de scoring, basé sur les défauts de paiement constatés et segmentés par typologies d’entreprises, permet d’offrir aux secteurs à risque limité des taux d’acceptation du financement plus élevés.
L’IA favorise le développement de l’affacturage “à la ligne” ou “à la facture”, c’est-à-dire le financement facture par facture, sans engager l’ensemble d’un portefeuille. Cette approche, déjà en essor chez les TPE, pourrait s’étendre aux grandes entreprises, notamment grâce à la capacité de l’IA à analyser de très gros volumes de factures. Cependant, le secteur bancaire, très réglementé et prudent, n’a pas encore généralisé l’usage de l’IA dans ses processus métier, préférant expérimenter et tester. L’IA est vue comme un outil d’aide à la collecte et à la structuration des données, mais la décision finale reste humaine.
La facturation électronique, qui deviendra obligatoire à partir de septembre 2026 pour les grandes entreprises et un an plus tard pour les autres, va transformer le secteur. Elle impose aux entreprises de mettre à jour leurs référentiels, d’adapter leurs systèmes de facturation, de mettre en place des solutions d’archivage électronique et de former les salariés. Cette réforme vise à simplifier, sécuriser et dynamiser les échanges, à réduire les coûts de traitement, à améliorer la gestion de la trésorerie grâce à une meilleure visibilité sur les statuts de factures et à renforcer la sécurité des données. Les factors devront s’adapter à cette nouvelle donne, notamment face à la concurrence des fintechs, plus agiles et digitalisées, qui proposent déjà des solutions d’affacturage à la carte et des outils d’IA intégrés.
Factofrance, par exemple, accompagne ses clients dans cette transition en formant ses collaborateurs, en interrogeant régulièrement ses clients sur leurs besoins et en s’appuyant sur la plateforme agréée Euro-Information du groupe Crédit Mutuel Alliance Fédérale, qui offre sécurité, robustesse et intégration complète avec les contrats d’affacturage.
Le déploiement de l’IA dans l’affacturage en est encore à ses débuts. Les premiers usages concrets concernent les chatbots, désormais capables de répondre intelligemment aux demandes simples des clients, la rédaction automatisée de comptes rendus de rendez-vous clients dans les outils CRM, la génération de documents marketing et l’accès facilité aux textes réglementaires pour les équipes juridiques et conformité. L’IA est également utilisée pour améliorer la productivité des équipes de recouvrement, en leur permettant de cibler plus efficacement les clients à relancer.
Cependant, l’IA n’est pas infaillible : certaines fintechs ont échoué dans sa mise en œuvre, et l’IA générative peut présenter des effets d’hallucination, complétant les données de façon erronée. Les algorithmes de machine learning restent pour l’instant plus fiables pour l’extraction de données à partir de factures PDF via OCR.
En 2024, Fibus, la plus grande équipe de conseil dédiée à l’affacturage en France et en Europe, a géré 45 milliards d’euros de créances à financer pour ses clients, présents dans 40 pays, dont plus de 50 % travaillent à l’international. Leur suite digitale ARi Trade, nourrie à l’IA, automatise la gestion des cessions de factures, produit des reportings fiables et permet d’augmenter les gains de financement de 15 % en moyenne tout en divisant par 5 le temps de gestion.
Au premier semestre 2025, l’activité des factors en France a atteint 104,9 milliards d’euros, soit une hausse de 1,1 % par rapport à la même période de l’année précédente, mais sans retrouver les croissances à deux chiffres d’avant la crise du Covid. L’affacturage est aujourd’hui utilisé dans 95 % des cas pour soutenir la croissance des entreprises, devenant une composante stable de leur financement, et reste en place même en période d’incertitude, contrairement à d’autres types de financement.
La digitalisation, inscrite dans l’ADN des fintechs, leur permet d’intégrer rapidement l’IA et de proposer des services différenciants, comme l’affacturage à la facture, qui offre au dirigeant la possibilité de sélectionner précisément les factures à céder et de connaître le coût exact de chaque opération. L’IA, en fluidifiant les échanges entre factors et entreprises, promet d’apporter davantage de souplesse, de rapidité et de services à valeur ajoutée, mais la validation humaine reste indispensable, notamment pour la relecture et la validation des analyses produites.
En résumé, l’IA et la facturation électronique sont en train de redéfinir le secteur de l’affacturage, en accélérant les processus, en améliorant la gestion des risques et en ouvrant la voie à de nouveaux services, tout en imposant aux acteurs traditionnels de s’adapter face à la concurrence des fintechs et à la nécessité de garantir la fiabilité et la sécurité des opérations.
