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Déjeuner avec Keily Blair

Numéros de page :
pp.12-13
Keily Blair, CEO d’OnlyFans depuis 2023, dirige la plateforme après avoir été avocate spécialisée en cybersécurité et protection de la vie privée. OnlyFans, fondée en 2016 par Tim Stokely, s’est imposée comme un acteur majeur de l’économie de la création de contenu, notamment grâce à la diffusion de contenus pour adultes, mais aussi de contenus “safe for work” issus de célébrités et sportifs. Sous la direction de Keily Blair, le nombre de comptes de créateurs a plus que doublé pour atteindre 4,6 millions. La plateforme compte 378 millions de comptes dans le monde. En 2024, OnlyFans a généré 7,2 milliards de dollars (6,2 milliards d’euros) de revenus, dont un cinquième revient à la plateforme, le reste étant reversé aux créateurs selon une répartition 80/20. Depuis sa création, plus de 25 milliards de dollars (21,6 milliards d’euros) ont été versés aux créateurs. OnlyFans emploie seulement 46 personnes à Londres, dans un espace de coworking, mais jusqu’à 1 500 modérateurs indépendants, principalement en Pologne et en Ukraine, sont chargés de surveiller les contenus. L’entreprise affirme payer plus d’impôts au gouvernement britannique que l’ensemble de l’industrie de la pêche du pays. La plateforme a connu une forte croissance pendant la pandémie, profitant du temps libre accru des utilisateurs. Les revenus des créateurs proviennent principalement des pourboires pour demandes spéciales, des tchats privés et du “pay per view”. Il n’y a pas de publicité, pas de nombre minimal d’abonnés, ni d’algorithmes favorisant certains contenus. Les plus grandes stars peuvent gagner des millions, mais la majorité des créateurs perçoivent des revenus modestes. OnlyFans se distingue par la liberté laissée aux créateurs de choisir et monétiser leur contenu, qu’il soit pour adultes ou non. Des célébrités comme Nick Kyrgios ou Kate Nash ont utilisé la plateforme, et même des personnalités “safe for work” y publient des contenus parfois suggestifs. Keily Blair défend l’idée que la plateforme offre un moyen plus éthique et sécurisé pour les travailleurs du sexe de monétiser leur activité, en gardant le contrôle sur leur image et leurs revenus, contrairement à d’autres sites à la propriété opaque. Cependant, la plateforme fait l’objet de critiques, notamment sur le risque de fragiliser des personnes vulnérables et sur la permanence des contenus en ligne, qui peuvent nuire à la réputation des créateurs, en particulier des femmes. Keily Blair insiste sur le respect du consentement et sur la nécessité d’un débat de société autour de la monétisation du sexe, de l’exploitation et des implications pour les créateurs et consommateurs. OnlyFans a mis en place des mesures strictes de sécurité et de modération : vérification de l’âge des utilisateurs et créateurs, interdiction de certains types de contenus (notamment ceux impliquant des personnes semblant avoir moins de 18 ans, certains jeux de rôle, ou l’absence de consentement explicite). Tous les contenus sont examinés dans un délai de 72 heures, ceux à haut risque immédiatement. L’intelligence artificielle est utilisée pour détecter les violations potentielles, puis les modérateurs humains interviennent. La plateforme revendique une quantité exceptionnellement faible de contenus à haut risque. En janvier 2025, la star du porno Bonnie Blue a été bannie après avoir eu des relations sexuelles avec plus de 1 000 hommes en une journée et annoncé la diffusion d’un film de cette performance sur OnlyFans, ce qui a été jugé contraire à la politique de la plateforme. Keily Blair souligne la responsabilité d’OnlyFans dans la gestion des risques et l’application de limites claires. La société encourage ses employés à ouvrir un compte OnlyFans, y compris Keily Blair, qui y partage des vidéos sur l’apiculture et son chien, illustrant la diversité des contenus possibles. Malgré cela, elle et d’autres dirigeants ont rencontré des difficultés à ouvrir des comptes bancaires en raison du “profil de risque” associé à l’entreprise, et OnlyFans a parfois eu du mal à trouver des banques acceptant de traiter ses flux financiers importants. Keily Blair dénonce l’hypocrisie de certains détracteurs qui consomment eux-mêmes du contenu pour adultes tout en stigmatisant la plateforme. Keily Blair estime que la société évolue vers une plus grande acceptation des discussions sur la sexualité et la monétisation du contenu pour adultes, citant l’exemple de l’envoi de photos dénudées entre partenaires, autrefois tabou. Elle se félicite de l’adoption de lois comme l’Online Safety Act (OSA) au Royaume-Uni, qui protège les mineurs et “uniformise les règles du jeu”. Les créateurs peuvent utiliser des outils d’IA pour modifier leur apparence, tant que le contenu respecte les règles. OnlyFans gère également une chaîne de télévision, OFTV, qui sert de vitrine marketing pour ses créateurs. L’émission de téléréalité “House of Sims”, initialement diffusée sur OFTV, a été rachetée par Netflix, illustrant l’intégration croissante d’OnlyFans dans le divertissement grand public. L’avenir d’OnlyFans est incertain, des discussions étant en cours pour une revente à des investisseurs américains, menée par le propriétaire Leonid Radvinsky, qui a acquis l’entreprise en 2018 et a perçu 701 millions de dollars de dividendes l’an dernier. Keily Blair affirme que le siège restera au Royaume-Uni, tout en envisageant une expansion internationale. Le déjeuner au Polo Lounge de Beverly Hills, où l’entretien a eu lieu, a coûté 388 dollars (336 euros), avec des plats comme houmous et crudités (38 $), steak tartare (58 $), salade de fruits de mer (68 $), Coca-Cola (8 $), bouteille d’eau (17 $), citron vert et soda (8 $), double macchiato (13 $), et latte matcha (15 $). OnlyFans, désormais ancré dans le paysage culturel, est présenté comme un exemple rare de réussite technologique britannique, bien que son rôle dans l’industrie du sexe continue de susciter débats et controverses. Keily Blair conclut que la plateforme a désormais sa place “à la table” du monde du divertissement et de la tech, après avoir longtemps été marginalisée.