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La |Location-gérance, un tremplin pour la franchise

Numéros de page :
pp.45-56
La location-gérance connaît un essor important dans la distribution traditionnelle et la restauration rapide, car elle permet d’accélérer le développement des enseignes tout en répartissant les coûts entre franchiseur et locataire-gérant. Ce modèle, utilisé depuis longtemps par McDonald’s avec des contrats de vingt ans, séduit de plus en plus d’acteurs comme Marie Blachère, qui a lancé un « modèle 3 » nécessitant un apport personnel minimal. Quinze points de vente l’ont déjà adopté et 60 ouvertures sont prévues en France d’ici la fin de l’année. Ce contrat permet de gérer une boulangerie contre une redevance indexée sur le chiffre d’affaires, avec une formation de seize semaines. Chez Louise, l’apport demandé est cinq fois inférieur à celui de la franchise. Dans la restauration, KFC revient à la location-gérance pour se développer en France, visant une quinzaine de nouveaux locataires-gérants. L’apport personnel requis est de 250 000 euros, pour un investissement global de 800 000 euros, contre 1,5 à 2 millions pour la franchise. Ce modèle attire des candidats à l’entrepreneuriat disposant de moyens financiers limités. L’assouplissement de la loi, la crise du Covid et l’inflation ont poussé les enseignes à baisser le coût d’entrée en location-gérance. La distribution classique adopte aussi ce modèle : Naturalia, Yves Rocher, Castorama, et surtout Carrefour, où la moitié du chiffre d’affaires est désormais réalisée en franchise ou location-gérance. Chez Carrefour, 60 % des locataires-gérants deviennent franchisés dans les quatre premières années, bien que la transition soit plus rare pour les hypermarchés en raison des investissements élevés. Le franchiseur reste propriétaire du fonds de commerce, prend en charge le loyer et les investissements, tandis que le locataire-gérant verse une redevance. Carrefour aide aussi à supporter le loyer si nécessaire. La location-gérance favorise l’implication des patrons et des salariés, réduit le turnover et améliore la reconnaissance. Elle permet une adaptation locale plus rapide, comme le maintien du bio ou la fabrication de pain sur place. Le partage de la valeur doit rester équilibré pour garantir la rentabilité du locataire-gérant. Chez Marie Blachère, après deux ans d’exploitation réussie, le locataire-gérant peut devenir franchisé, contracter un emprunt bancaire et devenir propriétaire du magasin. Portraits d’entrepreneurs : Anthony Marquez, ancien policier, dirige trois magasins du groupe Casino en Dordogne et près de 20 salariés, cinq ans après s’être lancé dans le commerce grâce à la location-gérance. Il a fait passer le chiffre d’affaires de son premier magasin de 400 000 à 1,2 million d’euros en trois ans, a racheté le fonds de commerce en trois mois, et a repris un deuxième magasin Spar dont il a augmenté le CA de 25 %. Il prévoit d’agrandir ce point de vente de 300 à 500 m² et d’ouvrir un nouveau magasin. Bruno Mercier, locataire-gérant puis franchisé de deux hypermarchés Carrefour, a redressé le magasin de La Roche-sur-Yon (30 à 35 millions d’euros de CA annuel, 5 500 m², 93 salariés équivalent temps plein) en réduisant les pertes de plus d’un million d’euros. Il a augmenté la productivité de 10 %, fait passer le nombre d’étudiants de 6 à 35, et versé une prime annuelle équivalente à un mois de salaire. Le magasin est passé en franchise en 2022, un cas rare pour un hypermarché Carrefour. Michel Piscone et Françoise Geggioli, locataires-gérants de deux boulangeries Marie Blachère à Carentan (400 m²) et Tourlaville (500 m²), ont choisi la location-gérance pour son accessibilité financière, sans droit d’entrée. Ils encadrent une vingtaine de salariés et ont fait progresser le chiffre d’affaires de Carentan de 40 % depuis mai. Leur objectif est de devenir franchisés sous deux ans. Frédéric Vandamme, ancien locataire-gérant et aujourd’hui franchisé de sept KFC en Nouvelle-Aquitaine, a commencé avec 200 000 euros de fonds propres et 700 000 euros d’équipement pour son premier restaurant à La Rochelle, recrutant 80 collaborateurs. Il gère aujourd’hui 250 salariés sur sept restaurants, après avoir racheté ses trois premiers établissements sept ans après son lancement. Myriam Azeroual, locataire-gérante de deux boutiques Yves Rocher à Paris, a investi 30 000 euros pour démarrer. Elle gère 15 salariés et a atteint la rentabilité immédiatement grâce à la notoriété de la marque. Elle ambitionne de gérer cinq boutiques en location-gérance. Biocoop prévoit d’ouvrir 160 nouveaux magasins d’ici 2029 pour atteindre 900 points de vente et couvrir 80 % de la population. Chaque année, 20 à 30 magasins sont à reprendre. Le métier de gérant de magasin bio est présenté comme porteur de sens, avec un engagement local et coopératif. En résumé, la location-gérance s’impose comme un tremplin vers la franchise, facilitant l’accès à l’entrepreneuriat grâce à des apports réduits, un accompagnement renforcé et une implication accrue des dirigeants, tout en permettant aux enseignes de se développer plus rapidement et de s’adapter aux évolutions du marché. Les chiffres clés incluent : 60 ouvertures Marie Blachère prévues, 250 000 euros d’apport et 800 000 euros d’investissement pour KFC, 30 000 euros d’investissement pour Yves Rocher, 1,2 million d’euros de CA pour le premier magasin d’Anthony Marquez, 30 à 35 millions d’euros de CA pour l’hyper Carrefour de La Roche-sur-Yon, 93 salariés équivalent temps plein, 10 % de productivité gagnée, 40 % de croissance du CA pour la boulangerie de Carentan, 250 collaborateurs pour les 7 KFC de Frédéric Vandamme, et 160 ouvertures Biocoop prévues pour atteindre 900 magasins.