Pernod Ricard France : "Nous avons gagné le combat de la modération"
Numéros de page :
pp.16-18
Guillaume Girard-Reydet, président de Pernod Ricard France et responsable de l’Europe du Sud (France, Espagne, Balkans, Italie, Portugal, Grèce), revient sur les 50 ans du groupe Pernod Ricard, qui a annoncé en juin un plan de réorganisation. Pernod Ricard est le numéro un français des spiritueux et le numéro deux mondial, ayant intégré près de 200 marques en 25 ans. Le groupe fait face à une crise du marché français : depuis deux ans, la baisse des volumes n’est plus compensée par la valorisation, ce qui est inédit. À l’international, malgré des accords avec les États-Unis et la Chine, l’incertitude persiste.
Pernod Ricard France représente 5 % du chiffre d’affaires du groupe (soit environ 545 millions d’euros sur un CA total de 10,9 milliards d’euros pour l’exercice fiscal 2025) et emploie près de 3 000 salariés. 80 % de l’activité de Pernod Ricard France en volume provient de la grande distribution (GMS). Malgré la conjoncture, l’entreprise continue d’investir dans les lancements de produits, comme le rhum caribéen Bumbu, et dans la communication.
Le marché français des spiritueux est en recul depuis deux ans, à la fois en volume et en valeur, alors que traditionnellement la baisse des volumes était compensée par une montée en gamme. La consommation globale est en baisse, reflet d’une société marquée par des inquiétudes sur le pouvoir d’achat et une « fatigue sociale » qui réduit les occasions de convivialité. Cependant, 82 % des Français restent attachés au moment de l’apéritif, considéré comme un élément du patrimoine national.
La France est le quatrième marché mondial pour Pernod Ricard, derrière les États-Unis, l’Inde et la Chine. Pernod Ricard France assure la distribution des marques du groupe dans l’Hexagone et la production de marques françaises emblématiques comme Ricard, Pastis 51, Suze ou Lillet. Le moment de l’apéritif, historiquement français, s’est internationalisé.
La croissance actuelle est tirée par Lillet, en forte progression, et le rhum Bumbu, en pleine expansion. Les whiskys du groupe (Ballantine’s, Chivas, Jameson, Aberlour) ont bien performé malgré un marché du whisky en repli. Ricard reste le numéro un des spiritueux en France.
La consommation d’alcool en France a été divisée par plus de deux en cinquante ans. La stratégie du groupe vise désormais la montée en gamme, répondant à une demande de produits plus techniques, avec plus de goût et d’histoire. Parmi les succès récents, la « petite bouteille jaune » de Ricard prêt à boire, vendue à 200 000 exemplaires en édition limitée, constitue une innovation. Sur le segment du whisky, Ballantine’s Sweet Blend (30 % d’alcool, notes de caramel et vanille) cible de nouveaux consommateurs. Le groupe mise aussi sur Bumbu, Lillet (nouvelle bouteille, Lillet Spritz rosé), et prépare des innovations pour la vodka Absolut. Le marché du sans-alcool est exploré avec Beefeater 0.0 %, développé par le centre R&D de Thuir.
Le plan de réorganisation vise à simplifier le fonctionnement du groupe, en structurant l’organisation autour de deux grandes catégories : les spiritueux nécessitant du vieillissement (whisky, cognac) et les non vieillis (vodka, gin, apéritifs).
La grande distribution (GMS) représente plus de 80 % des volumes de Pernod Ricard France. Le groupe met l’accent sur l’excellence de l’exécution en magasin : disponibilité produit, qualité des linéaires, animation commerciale, plans promotionnels. Les modes de consommation évoluent avec le vieillissement de la population et la réduction de la taille des foyers, ce qui favorise le commerce de proximité au détriment des hypermarchés.
73 % du prix payé par un consommateur pour une bouteille de spiritueux sont des taxes, indexées sur l’inflation et augmentant chaque année. Sur le plan international, malgré un accord avec la Chine pour éviter la surtaxation du cognac et de l’armagnac, la conjoncture reste difficile. Aux États-Unis, les produits du groupe subissent encore des droits d’entrée de 4 à 15 %, alors que les concurrents américains n’en ont pas, créant une compétition déséquilibrée.
La feuille de route RSE du groupe, « Good Times from a Good Place », vise à agir sur le climat, l’agriculture et la circularité, avec un objectif de réduction de 50 % des émissions directes et indirectes d’ici 2030. Les nouvelles bouteilles Lillet sont produites dans un four mixte électricité/gaz à Cognac, et près de 90 % des matières premières transformées font l’objet de contrats pluriannuels. Pernod Ricard France poursuit ses engagements pour une consommation responsable, formant ses équipes, barmen et distributeurs à la promotion de la modération, tout en refusant la stigmatisation de la consommation d’alcool.
Enfin, la Fédération française des spiritueux, présidée par Guillaume Girard-Reydet, défend trois grands sujets : la fiscalité (73 % du prix en taxes), la situation internationale (droits d’entrée, accords commerciaux) et la simplification des réglementations, jugées parfois illisibles.
