La |Course aux labels verts des entrepôts
Numéros de page :
pp.18-20
Plus de 70 % des transactions logistiques en Europe concernent désormais des bâtiments certifiés, principalement selon les labels BREEAM (anglo-saxon) et HQE (français). BREEAM, délivré par le Building Research Establishment (BRE), est le plus répandu en Europe, avec plus de 100 000 immeubles tertiaires et entrepôts certifiés dans le monde. Son coût moyen est de 8 000 euros pour 10 000 m², contre 20 000 euros pour HQE, ce qui favorise son adoption, notamment pour les portefeuilles importants. La certification BREEAM est autodéclarative, basée sur des rapports de preuve, sans visite de site par un tiers, tandis que HQE exige plusieurs visites et un processus plus long et complexe, géré par Certivea.
Depuis 2016, HQE a élargi ses critères à 22 thématiques, incluant biodiversité, adaptation au changement climatique, accessibilité en transports en commun et émissions carbone. HQE est présent dans 24 pays. Des entreprises comme FedEx, Castorama ou Intermarché ont signé des accords-cadres pour labelliser leurs parcs en HQE bâtiments durables. L’Afilog, qui regroupe 130 entreprises européennes du secteur, a coconstruit le référentiel HQE adapté à la logistique et développe actuellement un indicateur de performance carbone, testé sur 25 bâtiments en Europe, pour pallier les lacunes de BREEAM sur la comptabilité carbone.
Les nouveaux projets logistiques intègrent massivement le photovoltaïque pour améliorer leur valorisation et répondre aux exigences réglementaires. L’entrepôt 2DC1 de Prologis, certifié BREEAM avec un score record de 93 % (niveau “outstanding”), produit 1,5 GWh d’électricité par an sur 100 000 m² et est chauffé entièrement par géothermie, avec un système de thermopompes pilotées par intelligence artificielle.
La biodiversité est également prise en compte, notamment via le label Biodivercity, adapté au secteur logistique par Certivea et l’Afilog. Un guide paysager a été publié pour favoriser la création d’habitats pour la faune locale. Le bien-être au travail est valorisé par des certifications comme Well, qui évalue les conditions de travail offertes par le bâti, et par la création d’espaces de repos végétalisés et l’accès à la lumière naturelle. Les stratégies “cross-certifs” permettent de répondre simultanément à plusieurs labels.
De nouveaux labels émergent, comme Wired Score, qui certifie la connectivité numérique des entrepôts, essentielle à l’heure de la robotisation croissante de la supply chain. 40 % des occupants prévoient d’adopter prochainement des technologies telles que véhicules autonomes, capteurs IoT et systèmes de transport avancés.
En Ile-de-France, la transition écologique du transport de marchandises s’accélère avec l’inauguration en juin 2025 de deux infrastructures : une borne d’eau et d’électricité à Choisy-le-Roi, permettant d’alimenter les bateaux à quai 24h/24 et 7j/7, réduisant jusqu’à 15 fois la consommation de CO2, et le terminal trimodal Paris-Bruyères, combinant fluvial, ferroviaire et routier sur 11 hectares, doté d’une grue mobile de 84 tonnes. D’ici 2026, 110 bornes électriques seront installées le long de l’axe Seine, pour un investissement de plus de 9 millions d’euros, soutenu par l’Union européenne et la région Ile-de-France. Les infrastructures portuaires et ferroviaires ont bénéficié d’un soutien régional de près de 2,16 millions d’euros. Un convoi fluvial peut remplacer 220 poids lourds et émettre quatre à cinq fois moins de CO2.
Le programme Interlud+, lancé en 2023 et poursuivi jusqu’en 2026, vise à accélérer la logistique urbaine durable. En mars 2025, 60 collectivités (métropole et outre-mer), couvrant 35 % de la population française, et 3 000 acteurs économiques sont engagés. 31 chartes de logistique urbaine durable ont été validées, chacune visant une dizaine d’actions, soit la moitié de l’objectif de près de 600 actions d’ici 2026. 114 actions stratégiques ont déjà été finalisées ou sont en voie d’achèvement. Près de 40 % des actions concernent l’optimisation des aires de livraison, les autres portent sur la transition énergétique, l’harmonisation des réglementations, la gestion du foncier, l’intermodalité, les circuits courts et la gestion des déchets. Des outils numériques mutualisables sont déployés dans dix territoires pilotes, dont Paris, Lyon, Toulouse et Nantes, avec des solutions comme Joptimiz, Itinériz, Numériz et RoulerOvert.
L’ensemble de ces initiatives et certifications vise à rendre la logistique plus verte, compétitive et adaptée aux exigences réglementaires et sociétales, tout en limitant l’impact environnemental et en améliorant le cadre de vie urbain et périurbain.
