Journal de bord sur la vague coréenne
Numéros de page :
pp.120-123
La France était présente à la 8e Seoul International Book Fair (SIBF), qui s’est tenue du 18 au 22 juin, avec un stand rassemblant plusieurs maisons d’édition françaises (Casterman, Gallimard, Glénat, Hachette Livre) et la romancière Lilia Hassaine. Le marché sud-coréen du livre est dynamique, soutenu par la loi sur le prix unique du livre adoptée en 2003. À Séoul, de grands panneaux publicitaires affichent le président récemment élu, Lee Jae-myung, qui succède à Yoon Suk-yeol, destitué après avoir tenté d’imposer la loi martiale en décembre dernier. Les professionnels du livre espèrent renouer le dialogue avec le nouveau gouvernement, après des tensions liées à la suspension de certaines subventions publiques, notamment pour l’organisation de la SIBF.
Avant l’ouverture de la foire, de longues files de jeunes se forment pour obtenir des tickets, rapidement épuisés. Le stand français, très visible, est situé à côté du pavillon de Taïwan, invité d’honneur. L’équipe de France Livre, l’ambassade de France en Corée et deux vacataires francophones, dont Kim Ji-hoon, sont mobilisés. Lilia Hassaine présente l’édition coréenne de son roman Panorama. Une table ronde réunit des acteurs de l’édition de Corée du Sud, de France, du Vietnam et du Cambodge, dont Nicolas Roche, directeur de France Livre. La Corée du Sud est le deuxième acheteur de droits de livres français en Asie après la Chine, avec 547 cessions de droits en 2024 (contre 532 en 2023), selon le rapport du SNE.
Des éditions coréennes de Retour à Reims de Didier Eribon et de Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea, Prix Goncourt 2023, sont déjà disponibles. Le stand français accueille également la librairie jeunesse Chaekbang, qui ne vend que des livres en français. Sa fondatrice, Lee Seula, mère de quatre enfants, explique qu’en 2024, le taux de fécondité en Corée du Sud était de 0,75 enfant par femme, malgré les efforts du gouvernement pour encourager la natalité. Dans l’école publique de ses enfants, chaque journée commence par un quart d’heure de lecture à 8h45, avant le début des cours à 9h.
Le stand de la librairie indépendante Pyeongsan Books, fondée par l’ancien président Moon Jae-in, attire une foule nombreuse. Moon Jae-in, qui avait rencontré Kim Jong-un en 2018 lors d’un sommet historique, tient désormais cette librairie dans le sud du pays. Le Rights Center, espace dédié aux droits d’édition, est relégué à l’étage du Coex, tandis que l’exposition MVEX, plus grand sommet d’Asie sur les technologies de réalité étendue, réalité virtuelle, augmentée, IA et Web3, se tient dans le même lieu.
Le concept coréen du nunchi, décrit comme l’intelligence émotionnelle qui guide les interactions sociales et professionnelles, est évoqué par Yohann Le Tallec, attaché culturel à Séoul. Les éditions Les mots, fondées par Yoon Seok-heon, publient exclusivement des traductions de littérature française (Françoise Sagan, Annie Ernaux, Patrick Modiano, Delphine de Vigan). Le nom de la maison d’édition fait référence à la biographie de Georges Perec par David Bellos, Une vie dans les mots, Yoon ayant autrefois entrepris une thèse sur Perec à Paris.
L’article complète deux reportages de Judith Oriol sur Séoul publiés sur Livreshebdo.fr le 1er juillet.
