Procès Naouri : que risquent les protagonistes ?
Numéros de page :
pp.20-21
Jean-Charles Naouri, ancien PDG de Casino, comparaît devant le tribunal judiciaire de Paris avec trois de ses anciens conseillers – Jacques Dumas, Franck-Philippe Georgin, Nicolas Boudot – et l’éditorialiste boursier Nicolas Miguet, dans un procès de trois semaines et onze audiences. Les chefs d’accusation sont la manipulation de cours et la corruption privée active. Le Parquet national financier (PNF) reproche aux ex-dirigeants de Casino d’avoir tenté de faire monter le cours de l’action Casino entre le 31 août et le 23 septembre 2018, période où le titre était au plus bas après une attaque de fonds spéculatifs, en diffusant des informations fausses ou trompeuses, notamment sur un projet de rapprochement avec Carrefour. Nicolas Miguet aurait été rémunéré à hauteur de 823 000 euros pour influencer ses publications et faire croire à une OPA imminente de Carrefour sur Casino.
Les cinq prévenus encourent chacun jusqu’à 500 000 euros d’amende et dix ans de prison ferme. Le groupe Casino, en tant que personne morale, risque jusqu’à 2,5 millions d’euros d’amende pour corruption active, et une amende non plafonnée pour diffusion d’informations trompeuses. Les sociétés de Nicolas Miguet sont également poursuivies. Des actionnaires pourraient demander des dédommagements au groupe Casino.
Le dossier d’accusation s’appuie sur la diffusion de rumeurs orchestrées via les publications de Nicolas Miguet et auprès de la presse économique, sous des noms de code comme « Cassiopée » (Carrefour) et « Crush » (Casino), dans le cadre de l’opération « Anschluss ». Le PNF soupçonne que ces rumeurs ont été rémunérées pour manipuler artificiellement le cours de l’action Casino.
Jean-Charles Naouri, 76 ans, a dirigé Casino de 2005 à 2022, menant le groupe à la faillite à la suite d’une stratégie d’endettement. Il cherche aujourd’hui à défendre son honneur, assisté de quatre avocats et deux agences de communication. Sa défense met en cause Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, cité 78 fois dans le document de 169 pages préparé par ses avocats. Naouri affirme que Bompard et la banque Lazard, avec l’équipe de Matthieu Pigasse, travaillaient à une OPA hostile sur Casino, ce qui justifierait la communication sur un rapprochement. Alexandre Bompard, entendu par la brigade financière de Nanterre en 2024, a démenti tout projet d’OPA et n’est pas poursuivi dans cette affaire. Il est mentionné qu’il a assisté à 8 des 17 réunions organisées par Lazard avec Carrefour. La défense de Naouri souligne aussi le refus de Carrefour d’insérer une clause de « standstill » dans l’accord de confidentialité, ce qui, selon elle, prouverait l’intention réelle de Carrefour.
Les sociétés de Nicolas Miguet poursuivies sont Le Quotidien de Paris Éditions (QPE), Le Nouveau Quotidien de Paris (NQP), Nicolas Miguet & Associés (NMA), et la Société civile de la Tour grise (SCTG). Nicolas Miguet, connu pour ses tentatives infructueuses à l’élection présidentielle et ses condamnations pour fraude fiscale, est présenté comme un acteur clé de la diffusion des rumeurs.
Le procès est présidé par Bénédicte de Perthuis, magistrate connue pour avoir condamné Marine Le Pen et Ernest-Antoine Seillière. Le verdict est attendu pour janvier-février 2025. Philippe Palazzi, nouveau dirigeant de Casino depuis mars 2024, affirme que le groupe actuel n’a rien à voir avec l’ancienne direction. Les enjeux du procès concernent la réputation des groupes impliqués, la responsabilité des anciens dirigeants et les conséquences financières potentielles pour Casino et les sociétés de Nicolas Miguet.
