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Les stratégies de communication numérique des associations et fondations

Numéros de page :
pp.14-20
La communication numérique est devenue un levier essentiel pour les associations et fondations, leur visibilité dépendant largement de leur présence en ligne. Les jeunes générations s’informent principalement via les réseaux sociaux, obligeant les organisations à s’adapter à ces nouveaux usages. L’utilisation du digital progresse dans toutes les tranches d’âge jusqu’à 75 ans, au-delà une cassure est observée. Les objectifs principaux de la communication numérique sont d’informer sur les missions, valoriser les actions, faire appel à la générosité du public et recruter des bénévoles. À l’Unicef France, quatre grands objectifs sont identifiés : sensibiliser aux droits de l’enfant, porter un plaidoyer pour faire évoluer les politiques publiques, mener des campagnes de collecte et soutenir les comités bénévoles. La collecte de dons en ligne connaît une forte croissance : en 2024, 33 % des dons ponctuels ont été réalisés par voie digitale, contre 20 % en 2019, soit une progression de 13 points. La crise du Covid a accéléré cette évolution, poussant les organisations à développer leurs canaux numériques et les donateurs à adopter ces usages. À la Fondation Perce-Neige, la transformation digitale a permis de simplifier et sécuriser l’acte de don, rendant le parcours utilisateur plus fluide, avec la possibilité de donner en quelques clics et de recevoir immédiatement un reçu fiscal. À la Fondation Alzheimer, la majorité de la collecte passe désormais par le digital, la fondation n’appliquant aucun frais de fonctionnement sur les dons du public, ces charges étant couvertes par le mécénat depuis 2008. Les réseaux sociaux sont le principal levier de communication avec le grand public. Ils permettent un lien direct avec les citoyens, la diffusion de messages, de campagnes et de témoignages, et la création d’un lien émotionnel fort. Les campagnes relayées par des ambassadeurs ou des membres de l’organisation, comme à Apprentis d’Auteuil ou à l’Unicef France, amplifient la portée des messages. La Fondation Alzheimer a lancé des formats numériques comme “La Minute Cerveau & Recherche” et un dictionnaire en ligne pour vulgariser la maladie. Chaque plateforme a ses spécificités : LinkedIn est utilisé pour des contenus de fond et d’analyse, Instagram pour des stories vidéo et des formats visuels, Facebook pour la mobilisation. Il est conseillé de ne pas chercher à être présent sur tous les réseaux, mais de cibler ceux qui correspondent le mieux à l’audience visée, en adoptant une logique de “test and learn”. L’opacité des algorithmes, la censure de certains contenus et la diminution de la modération compliquent la visibilité des messages, poussant certaines organisations à quitter des plateformes comme X (ex-Twitter). L’intelligence artificielle générative, notamment les chatbots, commence à être testée et déployée, comme chez Unicef France. Elle offre des perspectives pour mieux analyser les besoins, anticiper les urgences et optimiser les ressources, mais son usage reste prudent, notamment pour la protection des données personnelles et l’impact écologique. Les autres canaux numériques, comme les sites internet et les newsletters, restent importants. Les sites servent de base de ressources et de vitrine pour l’engagement, mais la fracture numérique demeure un enjeu, certaines familles n’ayant pas un accès fluide aux outils digitaux. En 2024, les dons des particuliers ont augmenté de 1,9 % en euros courants par rapport à 2023 (hors dons d’urgence médiatisée), soit la plus faible progression depuis 20 ans, compensant à peine l’inflation. Selon le Baromètre des réseaux sociaux 2025 de France générosités, Facebook reste le réseau le plus utilisé, avec 11,5 millions d’abonnés pour 54 organisations, mais la croissance ralentit (+0,8 % sur un an). X conserve la deuxième place avec 4,2 millions d’abonnés, mais enregistre une baisse de 3 % et un désengagement croissant (plus d’un tiers des organisations s’en retirent). Bluesky attire près d’une trentaine d’organisations, cumulant 47 141 abonnés. LinkedIn progresse de 17 %, atteignant 3,6 millions d’abonnés, avec des stratégies d’“employee advocacy”. Instagram totalise 2,7 millions d’abonnés, en hausse de 13 % sur un an, couvrant plusieurs générations. TikTok, encore peu investi (473 596 abonnés), offre un fort potentiel de croissance, certaines organisations ayant vu leur nombre d’abonnés croître de plus de 1 000 % en un an. Le label “Grande cause nationale”, attribué chaque année depuis 1977 par le Premier ministre à des organismes à but non lucratif ou collectifs, permet d’organiser des campagnes de sensibilisation et de collecte avec des diffusions gratuites sur les médias publics. En 2025, la santé mentale a été désignée “Grande cause nationale”, avec quatre objectifs prioritaires : lutte contre la stigmatisation des troubles psychiques, développement de la prévention et du repérage précoce, amélioration de l’accès aux soins, accompagnement des personnes concernées dans toutes les dimensions de leur vie quotidienne. La fondation SOS Villages d’Enfants accueille depuis près de 70 ans plus de 1 600 enfants et jeunes dans 22 villages et établissements en France, principalement des fratries victimes de violences ou de carences éducatives. Les traumatismes vécus par ces enfants ont des conséquences psychiques importantes, nécessitant un accompagnement spécifique. Le programme “SOS Care” vise à instaurer une culture du soin autour du traumatisme, avec formation des équipes, création d’espaces de calme, et garantie d’un parcours thérapeutique adapté, même dans les zones à accès limité aux soins. L’investissement financier est important mais jugé essentiel. Les entreprises sont invitées à soutenir ce programme, notamment dans le cadre de la Grande Cause Nationale 2025. En résumé, la digitalisation des associations et fondations s’accélère, avec une forte progression des dons en ligne, une adaptation constante aux spécificités des plateformes, une attention portée à la cohérence des messages et à la fracture numérique, et une exploration prudente des outils d’intelligence artificielle. Les réseaux sociaux restent centraux, mais leur évolution, la transparence des algorithmes et la modération posent de nouveaux défis. Les chiffres clés incluent : 33 % des dons ponctuels réalisés en ligne en 2024 (contre 20 % en 2019), 1,9 % d’augmentation des dons des particuliers en 2024, 11,5 millions d’abonnés sur Facebook (+0,8 %), 4,2 millions sur X (-3 %), 3,6 millions sur LinkedIn (+17 %), 2,7 millions sur Instagram (+13 %), 473 596 sur TikTok, et 47 141 sur Bluesky.