Junji Ito
Alors que les températures chutent en fin du mois d’octobre, au froid se joint l’effroi quand tombe Halloween, rendez-vous annuel des amateurs de frissons. Au cours des années 80-90 au Japon, était publié le Monthly Halloween, magazine shôjô (manga destiné aux jeunes filles) spécialisé dans l’horreur. C’est entre ses pages que fut révélé Junji Ito, devenu depuis un des mangakas les plus connus du genre horrifique, un must read de toute personne intéressée à la fois par le Pays du Soleil Levant et par les récits angoissants.
Né en 1963, cet ancien dentiste (d’où une passion pour la rigueur anatomique) signe en 1987 sa première œuvre majeure, Tomie, narrant les aventures d’une femme si belle que tous les hommes lui succombent et finissent par se transformer en criminels, allant jusqu’à l’assassiner et la démembrer pour la posséder (ce qui s’avèrera par ailleurs insuffisant pour se débarasser d’elle… elle revient toujours). Suivront Spirale (où la figure éponyme hante un paisible village qui sombre lentement dans l’apocalypse), Gyo (où des cadavres de poissons harnachés de pattes mécaniques envahissent les terres) et bien d’autres, ainsi que de nombreux recueils d’histoires courtes. Ito réalisera également des adaptations : du Frankenstein de Mary Shelley, ou encore de La Déchéance d’un Homme d’Osamu Daza.
Puisant ses inspirations chez Kazuo Omesu (un autre maître de l’horreur en manga) mais aussi chez l’écrivain H.P. Lovecraft ou le peintre Salvador Dalí, la recette de Junji Ito est simple et efficace : prendre un élément a priori banal et innoffensif (un fauteuil, des ballons de baudruche, une figure géométrique…) et le détourner pour en faire une source de terreur absolue. Il joue sur la peur de l’inconnu, de l’indiscible, propose des concepts originaux, bizarres, uniques, mais ne donne jamais d’explication claire quant à ce dont il s’agit. Il est aussi capable de dépeindre l’horreur cosmique, telle une abomination indescriptible capable de dévorer des planètes, que psychologique, plongeant au cœur des travers humains, explorant angoisse existentielle, anxiété, dépression, menant peu à peu des personnages rattachables dans les profondeurs de la folie. Une histoire de Junji Ito se termine, au mieux, sur une note douce-amère, un défaitisme ambiant plane sur l’ensemble de ses récits. Le tout est servi par un dessin en noir et blanc pour un meilleur impact, avec un sens du détail d’une précision accrûe pour ne rien épargner au lecteur. Les atmosphères sont lourdes, tendues, les mises en pages soignées afin de récréer l’équivalent du « jumpscare » sur papier.
Dans l’ensemble, la capacité de Junji Ito à combiner un sens artistique époustouflant avec des thèmes psychologiques profonds et une narration unique fait de son œuvre une expérience fascinante et persistante.
[Par Florence, de l'Opérateur d'Appui]
Déconseillé en dessous de 14 ans. Certaines illustrations peuvent être très choquantes pour les plus jeunes ou les lecteurs non habitués à l'horreur. N'hésitez pas à demander conseil à votre bibliothécaire.
